Est‐il vrai que vous pourrez toujours partir en retraite à 62 ans après la réforme, comme l’affirme Agnès Buzyn ?

LE BOL D’UN FAUX DU 26 AVRIL. Tous les jours à 14h, CFJLab décrypte les mots des invités politiques dans les matinales. Un faux, infox, intox ? Aujourd’hui, on s’intéresse à Agnès Buzyn. Invitée de BFMTV et RMC, la ministre des Solidarités et de la Santé a affirmé qu’arrêter de travailler à 62 ans serait toujours possible après la réforme des retraites.

La retraite, ça vous inquiète ? Le gouvernement s’est fixé l’objectif d’une grande réforme qui visera notamment à mettre fin aux régimes spéciaux. Alors que les discussions s’ouvriront le 6 mai, Jean‐Jacques Bourdin recevait Agnès Buzyn, ce vendredi 26 avril. Et la ministre des Solidarités et de la Santé s’est voulue rassurante : « Ceux qui voudront partir à 62 ans partiront à 62 ans. »

Dans la continuité de ses promesses de campagne, Emmanuel Macron avait lui‐même réitéré, jeudi 25 avril, son souhait de mettre en place un nouveau système « universel à point » pour le calcul des pensions. Le tout sans toucher à l’âge légal minimum de départ à la retraite, fixé à 62 ans en 2010, sous Nicolas Sarkozy.

Le chef de l’Etat s’y était engagé de longue date. Pourtant, plusieurs ministres ont récemment nourri la confusion, à l’image de Gérald Darmanin. Au début du mois, le ministre de l’Action et des Comptes publics déclarait sur France Inter qu’il fallait « travailler un peu plus longtemps » en raison de l’augmentation de l’espérance de vie.

La réponse d’Agnès Buzyn n’a donc pas suffi à un Bourdin opiniâtre, connu pour ne laisser passer aucun à peu près chez ses invités : « Ça veut dire que la durée de cotisation sera augmentée ? Et évidemment, si on cotise plus longtemps on travaille plus longtemps ? » Embarras de la ministre…

Déjà la retraite, comment ça marche aujourd’hui ?

Vous êtes légalement autorisés à « liquider vos droits » à partir de 62 ans, et donc à commencer à toucher votre retraite.

Celle‐ci dépend de vos revenus lorsque vous étiez actif. Pour les salariés, les artisans et les commerçants par exemple, elle est calculée à partir de la moyenne des 25 années durant lesquelles vous étiez le mieux rémunéré. Pour l’heure, le calcul diffère pour d’autres régimes – il en existe 42 en tout. Autre exemple : pour les fonctionnaires, c’est 75 % du salaire des six derniers mois. Des disparités que le gouvernement souhaite effacer au sein d’un régime unique.

C’est le centre de notre question, la retraite dépend par ailleurs de la durée de votre activité professionnelle. Il existe une durée minimale pour pouvoir prétendre à un taux plein, comme indiqué sur le site du gouvernement dédié à la retraite : « 167 trimestres pour la génération née en 1957, 172 trimestres à partir de la génération née en 1973. » Soit entre environ 42 ans et 43 ans.

Mais… Car il y a un « mais ».

Si vous n’avez pas cotisé pendant un nombre de trimestres suffisant, votre pension sera donc réduite. C’est la « décote ». Ce malus instauré en 2015 rend de plus en plus difficile un départ à la retraite à 62 ans – âge bien souvent insuffisant pour avoir cotisé le nombre de trimestres requis, puisque nous entrons de plus en plus tard sur le marché du travail.

De difficile, le départ à 62 ans va‐t‐il devenir impossible ?

Tout va dépendre de la durée de cotisation. Interrogée sur ce point par M. Bourdin, Agnès Buzyn a insisté sur un « choix » qui restera ouvert à tous.

La réforme prévue par le gouvernement entend instaurer un système universel et à points. Normalement, ce type de système exclut une durée minimum de cotisation, explique Henri Sterdinyak, économiste à l’OFCE, à CFJLab. « M. Macron et Mme Buzyn nous disent maintenant l’inverse, s’étonne l’économiste. On est complètement dans le flou ! »

Les actifs pourront toujours prendre leur retraite à 62 ans. « Mais dans les faits, il y aura un âge pivot : le réel âge de départ à la retraite, en dessous duquel vous pourrez perdre jusqu’à 7,5 % de votre pension pour chaque année non travaillée après 62 ans… »

Agnès Buzyn dit donc vrai : oui, vous aurez « le choix » de partir à 62 ans. Mais avec quel revenu ? C’est plutôt cette question que se posent les futurs retraités. Chaque année, 650 000 personnes quittent le marché de l’emploi.