Européennes : sur l’immigration, la gauche veut plus de solidarité, la droite maintient le cap

1 JOUR 1 ENJ'U.E. Créer un corps européen de garde-côtes, faciliter la répartition de réfugiés dans les Etats membres, les propositions sur l'immigration divergent entre les partis en lice pour les élections européennes du 26 mai.

Ouverture ou fermeture des frontières ? A un mois des élections européennes prévues du 23 au 26 mai, les partis lancés dans la course aux sièges du Parlement européen dévoilent progressivement leur position au sujet de l’immigration.

Bruxelles n’a pas de politique commune d’immigration ni même d’asile. Le sujet est sensible, quatre ans après la crise de 2015, et alors que le Vieux continent assiste à la montée en puissance des formations d’extrême-droite. De quoi alimenter les divisions entre les différents pays européens, à l’image des débats liées à l’adoption, fin 2018, du Pacte mondial pour les migrations sûres, promu par l’ONU et dénoncé par les populistes.

Au sein même des Etats membres, les partisans d’un large accueil des réfugiés s’opposent aux adeptes d’une fermeture des frontières. En France, les propositions sont nombreuses, allant de la sortie de l’espace Schengen à la mise en place d’un système de sauvetage de migrants en mer plus perfectionné.

Ils veulent plus de solidarité

A gauche de l’échiquier politique, un mot d’ordre : plus d’accueil et de solidarité à l’égard des réfugiés.
Le Parti socialiste (PS), allié à Place publique, mais aussi Génération.s, Europe Ecologie Les Verts (EELV), La France insoumise (LFI) ou encore le Parti communiste (PCF) appellent à mettre fin au règlement de Dublin.

Ce texte oblige les réfugiés à déposer une demande d’asile dans le premier pays par lequel ils sont entrés dans l’Union européenne (UE). Une situation qui oblige certains pays, comme la Grèce ou l’Italie, à accueillir une grande partie des nouveaux arrivants, les soumettant à une forte pression d’accueil.

L’ensemble de ces partis promeuvent un système solidaire de répartition des migrants entre les 27 Etats membres. Raphaël Glucksmann, tête de liste PS‐Place publique, évoque ainsi la création d’un « régime d’asile européen ». Une expression reprise par Emmanuel Macron, lors de son allocution du jeudi 25 avril.

De leur côté, EELV et Génération.s souhaitent créer à l’échelle européenne « des voies légales et sûres » pour les migrants, afin d’éviter les naufrages d’embarcations de migrants dans la mer Méditerranée. En 2018, 2 275 migrants sont décédés en Méditerranée, selon les estimations du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), dans un contexte de durcissement des conditions de sauvetage en mer.

Tout en appelant à combattre les causes de l’exil forcé, La France insoumise rejoint EELV sur la nécessité d’avoir une force européenne de secours et de sauvetage en mer pour les réfugiés. Lutte ouvrière (LO) ne se positionne pas sur l’immigration. Le mouvement d’extrême gauche se dit seulement favorable à « une Europe sans frontières ».

Ils veulent limiter l’immigration

Les Républicains se prononcent pour le maintien de la France dans l’espace Schengen, mais s’opposent à son extension, par exemple à la Roumanie. Ces textes de 1985 autorisent la libre circulation des personnes dans les 26 Etats européens signataires. Le parti propose de renforcer les contrôles aux frontières intérieures de l’Europe. Tête de liste de la formation de droite, François‐Xavier Bellamy préconise de doter l’UE d’un corps de garde‐côtes chargé d’empêcher les entrées illégales en Europe, et de renvoyer systématiquement les embarcations de migrants sur les côtes africaines.

Le Rassemblement national (RN), Debout la France et Les Patriotes appellent eux, à sortir ou supprimer les accords de Schengen afin de réduire le nombre d’arrivants en France. Le RN réclame un arrêt pur et simple de l’immigration légale, et la mise en place du principe de « la priorité nationale » pour les aides sociales. Quant à l’ Union populaire républicaine (UPR) menée par le souverainiste François Asselineau, elle souhaite d’abord sortir de l’UE, avant de solliciter l’avis des Français sur la politique à appliquer sur le plan migratoire.

Les entres deux

La République en marche (LREM) et l’Union des démocrates et des indépendants (UDI) entendent concilier accueil et contrôle. LREM, alliée pour ce scrutin au MoDem et à Agir (centre‐droit), veut « remettre à plat » l’espace Schengen, avec des « obligations de responsabilité » et de « solidarité » de la part des Etats membres de l’UE. La formation présidentielle appelle à « renforcer les frontières extérieures » de l’UE, en créant une « police des frontières commune », tout en mettant en place un « office européen de l’asile ».

L’UDI de Jean‐Christophe Lagarde reprend la proposition d’une « police des frontières européennes », accompagnée d’un « corps de garde‐frontières européen ». Le parti de centre‐droit propose l’instauration de « quotas migratoires nationaux », que l’Europe serait chargée d’appliquer.

Ce catalogue de réformes répond à un fort enjeu électoral. Sans que l’immigration ne constitue pour autant un sujet d’inquiétude majeur pour les Français. Selon une enquête d’opinion conduite par l’institut de sondage britannique YouGov, publiée le 17 avril, la question migratoire arrive au troisième rang des principales préoccupations des Français, derrière le coût de la vie et le chômage.