La France est‐elle vraiment la championne d’Europe des impôts, comme l’affirme le président du MEDEF ?

LE BOL D’UN FAUX DU 30 AVRIL. Tous les jours à 14 heures, CFJLab décrypte les mots des invités politiques dans les matinales. Un faux, infox, intox ? Aujourd’hui, on s’intéresse à Geoffroy Roux de Bézieux. Invité ce matin de France Inter, le président du Medef affirme qu'avec 48% de prélèvements obligatoires sur le PIB, la France est un des rares pays à appliquer un taux d'imposition aussi élevé.

Il évoque un « ras‐le‐bol fiscal ». Sur France Inter, Geoffroy Roux de Bézieux affirmait ce matin que « nous sommes à 48% des prélèvements obligatoires sur le PIB ». « Très peu de pays » connaîtraient un tel niveau de prélèvement, selon le président du Medef. Des propos à mettre en perspective avec les différents modèles de cotisations dans les Etats de l’Union.

Avec 48,8 % de prélèvements obligatoires en 2017, la France est le premier percepteur du continent européen pour la troisième année consécutive, selon les chiffres d’Eurostat publiés en novembre 2018. Avec huit points de plus que la moyenne européenne qui atteint 40,2%, l’Hexagone se place devant la Belgique et le Danemark, réputés pour avoir des taux de prélèvements obligatoires élevés. Alors que la gronde des Gilets jaunes continue, alimentée par un ras‐le‐bol fiscal, ces statistiques ont une résonance particulière.

En revanche, la Belgique et le Danemark talonnent la France et « arrivent même à la dépasser selon les années» , tempère Vincent Drezet, secrétaire national du syndicat Solidaires Finances publiques. Dans le détail, la Belgique présente un taux de prélèvements obligatoires de 47,3% et le Danemark de 46,5%. Ce chiffre regroupe à la fois les prélèvements sur les particuliers et sur les entreprises.

Recettes fiscales dans le PIB Eurostat

Niveau de cotisations sociales élevé

« Certes la France possède un taux de prélèvements obligatoires élevé par rapport à ses voisins, concède Vincent Drezet. Mais en Allemagne, toutes les cotisations sociales qui servent, par exemple, à financer la sécurité sociale ne sont pas comptabilisées dans les prélèvements obligatoires. Parce que les prestations sociales sont en partie financées par le secteur privé. » En France, l’Etat finance ainsi des crèches ouvertes à tous pour les moins de cinq ans. En Allemagne, en revanche, il n’existe pas de structure publique pour prendre en charge ces enfants.

En France, les cotisations sociales représentent le ratio le plus important des prélèvements obligatoires (18,8% du PIB), faisant de l’Hexagone le pays qui en collecte le plus devant la Belgique (16,1%), l’Allemagne (14%) et loin devant le Danemark (0,9%). Autrement dit, c’est le mode de financement du modèle social qui explique le niveau de la fiscalité française. Les cotisations sociales, prélevées sur les salaires et payées par les employeurs, financent les différents risques : le chômage, la maladie et la vieillesse. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, en Allemagne.