1 jour, un EnjU.E : Et les femmes alors ?

Combattre les inégalités de genre au niveau européen ? Même si l’Union Européenne regroupe peu de compétences pour assurer les droits des femmes, les listes européennes candidates tentent de les promouvoir… ou pas !

Le sexisme n’a pas de frontière. Le mouvement de libération de la parole #Metoo, survenu en octobre 2017, n’a pas empêché des forces conservatrices, parfois sexistes, de prendre pied en Europe. En France, l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbiennes entrera dans l’agenda politique à la fin de l’été. Pourtant, peu de listes candidates émettent des propositions concrètes concernant les droits des femmes. Seules quelques unes arborent tout juste une posture sur des thématiques clés.

Il faut dire que le rôle de l’Union européenne, sur ces questions, se limite à encourager ou conseiller les Etats, à travers des directives et des objectifs. Les droits des femmes renvoient donc le plus souvent à des débats nationaux. L’interruption volontaire de grossesse (IVG) et la procréation médicalement assistées (PMA) en témoignent.

Alors que Malte reste le seul Etat membre de l’UE à ne pas reconnaître de droit à l’avortement, d’autres pays, comme la Pologne, l’Italie ou la Slovaquie, en rendent l’accès difficile. En Pologne, par exemple, le gouvernement a soumis en 2016 un projet de loi visant son interdiction totale. Après des manifestations massives, un nouveau projet de loi restreignant les droits des femmes est à l’étude.  La question de l’accès à l’avortement est également un sujet majeur en Slovaquie, où le Haut‐Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) s’inquiétait, il y a deux ans, de l’impossibilité d’avorter légalement dans un tiers des districts.

Certains partis font l’impasse

Ces enjeux ne sont pas toujours mis en avant lors de la course aux Européennes. Certains partis, comme le Rassemblement national ou Europe Ecologie les Verts, font même l’impasse sur les droits des femmes dans leur programme.

Le nouveau mouvement PS‐Place Publique a publié mi‐mars sur son site une tribune intitulée « Assurer une place (publiques) aux femmes ! ». La liste – qui compte des militantes féministes comme Violaine Lucas — s’insurge contre les discriminations et les agressions… Sans pour autant formuler de propositions concrètes sur la question.

Côté Les Républicains (LR), François‐Xavier Bellamy a fait savoir son opposition à l’avortement, s’indignant notamment de l’abandon d’une clause de conscience pour les pharmaciens sur la vente de produits contraceptifs. Une « opinion personnelle », comme le précisera plus tard l’adjoint au maire versaillais. Le candidat est d’ailleurs défavorable à l’extension de la PMA. Dans une tribune publiée dans Le Figaro, il dénonçait « une prestation technique », comparée à une opération consistant à « greffer un troisième bras sur un corps sain ».

Argument de campagne

Nathalie Loiseau, tête de liste de La République en Marche (LREM), affirme à La Croix être « Féministe sans hésiter » et défend notamment la PMA pour toutes, ainsi qu’une GPA « éthique » et encadrée. Alors qu’elle était ministre des Affaires européennes, la France a toutefois refusé de ratifier le protocole additionnel n°12. à la Convention européenne des droits de l’homme, un texte qui visait à restreindre les discriminations entre les genres.

La France Insoumise (FI) propose un volet « Promouvoir l’égalité » dans son programme. Portée par Manon Aubry, la liste soutient la mise en place d’un congé de 10 jours pour le parent qui n’accouche pas, ou encore le droit à un congé parental individuel de quatre mois, rémunéré à hauteur de 50% du salaire.

Pour d’autres partis, l’argument féministe est un argument de campagne. Ian Brossat, tête de la liste Parti communiste français (PCF), bénéficie du soutien d’une partie des cercles féministes. Début avril, plusieurs associations enjoignaient à voter, à travers sa candidature, pour « une Europe des gens » dans une tribune publiée dans Libération. Ian Brossat s’engage, entre autres, à porter l’idée d’une « taxe rose » au niveau européen, soit une TVA à 0% sur les protections périodiques.

Une seule liste exclusivement féministe

En France, une seule liste à vocation exclusivement féministe s’est déclarée pour les élections européennes. « A voix égales » est portée par Nathalie Tomasini, ancienne avocate de Jacqueline Sauvage. Le procès, puis la grâce présidentielle de cette sexagénaire condamnée pour le meurtre de son compagnon avaient placé au coeur de l’actualité les violences faîtes aux femmes.

Nathalie Tomasini cherche à « porter la voix de toutes ces femmes opprimées, violentées, harcelées, et de mener un combat sur le plan européen pour faire avancer et harmoniser la législation dans ce domaine ». Sa liste rappelle qu’une femme sur trois dans l’Union européenne a subi des violences physiques et/ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans. Sans forcément trouver la résonance espérée. Pour l’heure, sa campagne n’existe essentiellement qu’à travers un modeste compte Twitter.