Le passeport irlandais, sésame des Britanniques déçus du Brexit

Depuis l’annonce du Brexit en 2016, les demandes des citoyens britanniques pour obtenir une double nationalité ont explosé. L’Irlande figure parmi les pays les plus sollicités par ces requêtes.

« Check passports before holidays ! » En français : « vérifiez vos passeports avant de partir en vacances ! » . À quelques semaines de la cohue des vacances estivales, le ministre des Affaires étrangères et de l’Economie irlandais Simon Coveney se veut prévenant à l’égard de ses concitoyens. La file d’attente pour obtenir un nouveau passeport s’est allongée à 19 jours ouvrables, au lieu de 10 habituellement.

Dans ce petit pays d’Europe de l’Ouest, peuplé de 4,7 millions d’habitants, le nombre de demandes de passeport n’a même jamais été aussi important en un mois : 112 000 requêtes en mars. Soit une augmentation de 103% par rapport à 2018, selon le ministère des Affaires étrangères irlandais.

Cette hausse spectaculaire se joue en fait hors des frontières irlandaises. Depuis l’annonce du Brexit, en juin 2016, nombreux sont les Britanniques qui s’organisent pour contourner les conséquences d’une sortie du Royaume‐Uni de l’Union européenne.

« prévenir plutôt que guérir »

A 29 ans, Laura, Londonienne depuis quatre ans, vient d’obtenir sa double nationalité irlandaise. La jeune femme qui vogue depuis l’enfance entre la France et le Royaume‐Uni avec le seul passeport britannique voulait « prévenir plutôt que guérir ». « Pour moi, avoir un passeport européen, c’est surtout pouvoir me déplacer ou vivre dans n’importe quel pays de l’Union européenne. Je suis aussi très attachée à cette identité », confie la jeune femme qui a enchaîné des postes clés au sein d’institutions de l’Union et d’ONG humanitaires. Et d’ajouter : « Je n’ai pas envie d’être “recalée” si, un jour, je veux rentrer en France, mon pays de naissance et d’accueil ».

Comme Laura, 200 000 Britanniques ont demandé le sésame irlandais en 2018. Une année record pour Dublin, qui prévoit de traiter plus de 1,1 million de requêtes, tous pays confondus, en 2019. « Le nombre de demandeurs d’Irlande du Nord et de Grande‐Bretagne continue d’augmenter depuis le vote sur le Brexit en juin 2016 », expliquait en avril le ministère dans un communiqué.

Plus que la nationalité irlandaise, un passeport européen

Laura a grandi en France et y a encore ses parents. Elle a finalement demandé la nationalité irlandaise. « Mon premier choix aurait été la France, mais j’ai rapidement été découragée par la lourdeur de la procédure administrative, précise‐t‐elle. J’ai choisi l’Irlande par commodité. »

Certains pays de l’Union européenne ne permettent pas d’obtenir la double nationalité, comme les Pays‐Bas. En l’autorisant, l’Irlande reste, par sa proximité géographique, la porte d’entrée la plus évidente pour les Britanniques souhaitant rester citoyens européens. D’après le Henley Passport Index, le passeport irlandais est considéré comme le sixième le plus prisé au monde. Il permet de voyager sans visa dans 184 pays du monde.

Face aux incessantes demandes britanniques, le ministère des Affaires étrangères irlandais a renforcé, ces dernières années, sa communication et sa logistique autour de la délivrance de ses passeports. Avec, pour points centraux, un nouveau bureau dans le nord de l’Irlande, des emplois créés et une vaste campagne de sensibilisation.