Européennes : l’argent, principal obstacle des listes Gilets jaunes

Pas facile de passer du rond-point aux urnes. Alors que les candidats aux Européennes n’ont plus qu'un jour pour déposer leur liste, les candidats issus du mouvement social revoient leurs ambitions à la baisse.

Encore un dernier réglage. Christophe Chalençon procède ce jeudi 2 mai aux ultimes ajustements de la liste « Evolution citoyenne ». Il compte la déposer auprès du ministère de l’Intérieur in extremis, vendredi, en vue des élections européennes, trois semaines avant l’échéance. « Nous voulons notre autonomie, notre indépendance, et surtout porter un projet qui a émané du mouvement du 17 novembre », énumère cette figure des Gilets jaunes de Toulouse.

Si Christophe Chalençon est si fier d’une candidature qu’il décrit comme « complètement hors‐système », c’est que le forgeron et son équipe ont, selon ses dires, « décliné » plusieurs démarchages en provenance de partis politiques. « Des propositions à hauteur de 250 000 euros pour présenter une personne en tête de liste », confie‐t‐il.

Une candidature à moindres frais

Il faut dire que le manque de moyens constitue la principale difficulté que rencontrent les listes issues du mouvement des Gilets jaunes. Christophe Chalençon et ses soutiens doivent recourir à une parade : une candidature à moindres frais.  Le groupe ne compte fournir que les 1 000 bulletins réglementaires pour une validation par la commission électorale. Un stock minimal auquel s’ajoutera seulement le papier nécessaire au vote en prison. 

Les autres électeurs devront télécharger leurs bulletins. « On a déjà des citoyens qui vont les imprimer et les diffuser dans leur famille, affirme‐t‐il. Un petit peu comme la démarche participative du 17 novembre. »  Et d’en faire, presque, un argument de campagne : « En plus, un bulletin imprimé = un bulletin utilisé. On a une démarche écologique ! »

Mécène

La difficulté des listes Gilets jaunes à se financer s’était déjà matérialisée cette semaine. Mardi 30 avril, une autre formation, baptisée « Alliance jaune » et composée, notamment, de représentants du groupe de Gilets jaunes Ralliement d’initiative citoyenne, déposait sa liste. Avec, à sa tête, le chanteur Francis Lalanne. La présence du chanteur était une condition sine qua none pour bénéficier d’une caution financière de la part d’un mécène, Jean‐Marc Governatori, par ailleurs soutien de la liste EELV (Europe Écologie — Les Verts).

Jean‐François Barnaba, lui, a fini par capituler. Le Gilet jaune de l’Indre défendait depuis des mois un projet estampillé Gilets jaunes. Faute de moyens, il s’est résolu à rejoindre, avec neuf colistiers, la liste du parti Les Patriotes, menée par Florian Philippot. Un choix rendu public mardi et qu’il assure correspondre aux idées de son équipe, en majorité souverainiste. « Nous n’avons pas réussi à franchir le mur de l’argent, regrette‐t‐il cependant. C’est un vrai déni de démocratie. »

Cagnottes interdites

Environ 800 000 euros sont nécessaires au financement d’un matériel électoral complet. « Comment voulez‐vous réunir en très peu de temps des dons d’un tel volume financier ? » dénonce ce sexagénaire. « Il fallait des dons, en partie défiscalisables, poursuit‐il. Mais les gens se sont justement engagés dans ce mouvement parce qu’ils n’ont pas de moyens financiers ! » Il pointe du doigt les lois sur le financement de la vie politique qui interdisent les cagnottes et collectes de type « crowdfunding » sur les réseaux sociaux.

Sa démarche reste rare, dans un contexte de défiance diffuse à l’égard des partis traditionnels au sein des militants de la première heure. « C’est de l’opportunisme. Barnaba, c’est vraiment le politicard, tacle Christophe Chalençon. Il voulait amener une autre politique pour combattre l’extrême-droite, puis il se retrouve sur une liste d’extrême-droite. »  Sur la méthode comme sur le fond, les Gilets jaunes avancent vers le scrutin européen en ordre dispersé.