Européennes : un T‐shirt contre l’abstention

L'artiste photographe allemand Wolfgang Tillmans a lancé « Vote together », une campagne de communication notamment basée sur le port d'un T-shirt pour encourager les citoyens européens à voter le 26 mai. Le principe séduit des personnalités de la culture. Elles nous expliquent pourquoi.

Ils sont jaunes, blancs, orange ou bleus. Le photographe allemand Wolfgang Tillmans est à l’origine d’une campagne de communication originale, déclinée dans les 24 langues parlées en Europe : des T‐shirts contre l’abstention, en vue du scrutin du 26 mai. Des vêtements barrés du slogan « Votons ensemble. Votons pour l’Europe ».

Pour inciter les citoyens de l’Union à voter, des photographes professionnels prennent en photo des personnalités du monde de l’art et de la mode, partout en Europe. Les images sont ensuite postées sur les réseaux sociaux pour diffuser le message de façon virale.

Le T‐shirt : bon support de diffusion ?

Auriane, jeune artiste formée au design graphique, a découvert le projet sur Instagram. « Graphiquement, je trouve que la typographie ne casse pas des briques, reconnaît‐elle. Mais le choix du T‐shirt comme support est une super idée pour véhiculer un message ».

Les partis politiques le savent : même si son efficacité n’est pas scientifiquement établie, le T‐shirt a la réputation d’être une arme idéologique massive. En 1948, l’Américain Thomas E. Deway, candidat à la Maison‐Blanche face à Harry S. Truman, utilise cet élément populaire du vestiaire pour imprimer son slogan de campagne. Casquettes, sweat‐shirts, T‐shirts… Du « Yes We Can » de Barack Obama au « Make America Great Again » de Donald Trump, les candidats aux élections américaines ont depuis recours au vêtement pour véhiculer leur message. 

La mode a traversé l’Atlantique. En 2017, les soutiens d’Emmanuel Macron ont pu arborer un T‐shirt à destination de son électorat féminin, siglé « #Ellesmarchent ». Et c’est en portant un vêtement estampillé « Au nom du peuple » que les pro Marine Le Pen avaient la possibilité d’afficher leur orientation politique.

Contre l’abstention

Il est en revanche plus rare que ces supports vestimentaires soient accaparés par des acteurs extérieurs à la politique, comme c’est le cas pour « Vote together ». L’initiative s’explique notamment par le risque d’abstention élevé cette année, alors que seuls quatre Européens sur dix savent que les élections européennes ont lieu en mai, selon une étude commandée par le Parlement européen. En 2014, l’abstention avait atteint 56 % en France.

« Cette campagne devrait être menée par l’Union européenne elle‐même », appuie le photographe parisien Philippe Jarrigeon. Même s’il n’a pas l’habitude de se mettre en scène, le 24 avril, il n’a pas hésité. « En postant une image de moi avec les T‐shirts “ Vote together ”, j’invite mes followers à aller voter », explique le trentenaire suivi par 11 000 abonnés sur son compte Instagram. Photographié par Katja Rahlwes, cet électeur assidu, Européen convaincu, veut « célébrer la démocratie » et encourager les électeurs à « prendre leurs responsabilités en main ».

Même volonté pour le galeriste et éditeur français Yvon Lambert. Le 20 avril, il pose avec un T‐shirt « Votons ensemble. Votons pour l’Europe » aux côtés de l’éditeur allemand Walther König. « Un joli moment », souligne Bruno Mayrargue, employé depuis quinze ans dans la librairie et galerie Yvon Lambert. Yvon Lambert a connu la Seconde Guerre mondiale. « L’amitié franco‐allemande est une des raisons de son attachement à l’Europe », explique Bruno Mayrargue, avant d’ajouter en riant : « Aux dernières élections, Yvon Lambert engueulait les gens qui n’allaient pas voter ! »

Bruno Mayrargue avoue timidement : « Un jour d’élection, si ça ne m’arrange pas ou si j’ai un barbecue avec des potes, j’ai tendance à ne pas aller voter ». Même si lui‐même ne s’est pas fait tirer le portrait, le libraire a l’impression d’avoir en quelque sorte participé à la campagne, en organisant la séance photo au sein de la librairie. Grâce à ce cliché, et peut‐être aussi pour faire plaisir à son patron, Bruno Mayrargue assure désormais qu’il mettra son bulletin dans l’urne, le 26 mai.