Matteo Salvini a‐t‐il fait baisser le nombre de morts en Méditerranée, comme l’affirme Nicolas Bay ?

LE BOL D’UN FAUX DU 2 MAI. Tous les jours à 14h, CFJLab décrypte les mots des invités politiques dans les matinales. Un faux, infox, intox ?

Aujourd'hui, on s'intéresse à Nicolas Bay. Invité de FranceInfo, le député européen du Rassemblement national a affirmé que le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini « a fait baisser le nombre de mort en Méditerranée» grâce à sa politique migratoire. 

Matteo Salvini, idole de l’extrême droite française ? C’est du moins ce que peuvent laisser croire les louanges récurrentes des membres du Rassemblement national à la politique migratoire du ministre de l’Intérieur italien. Ce jeudi 2 mai, au micro de Marc Fauvelle sur FranceInfo, le député européen du Rassemblement national Nicolas Bay en a ainsi fait l’éloge. « (Matteo Salvini) a arrêté les arrivées de migrants sur les côtés italiennes et a fait baisser le nombre de morts en Méditerranée », a‐t‐il prétendu. Imputant un peu rapidement au leader italien une baisse, nette, des chiffres.

Les flux migratoires en Italie sont quantifiés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). En 2018 — année où Matteo Salvini est arrivé au pouvoir -, 23 400 migrants sont parvenus à rejoindre les côtes italiennes. Ils étaient 119 400 en 2017. Soit une baisse de 80 % du flux de migrants en un an.

  • Une diminution d’arrivée de migrants en Italie antérieure à Salvini

Mais la politique drastique de Matteo Salvini est loin d’être la seule responsable de cette diminution. Celle‐ci lui est même antérieure. Le leader de Ligue du Nord n’est arrivé au pouvoir qu’en juin 2018. Or, sur les six premiers mois de cette année‐là, 10 281 migrants ont débarqué en Italie. Soit 82% de moins que durant la même période en 2017.

Cette baisse du flux de migrants s’explique en partie par le durcissement de la politique migratoire du gouvernement précédent, piloté par le Parti Démocrate. Avec le soutien de l’Union européenne, plusieurs mesures avaient été prises pour faire face à l’important flux issu de la Méditerranée. C’est le cas de la signature d’un accord entre Rome et deux tribus libyennes en avril, de l’accord entre l’Italie et quatre pays africains en mai, ou encore de l’entente entre l’ex-ministre de l’Intérieur italien Minitti et plusieurs acteurs libyens pendant l’été.

  • Des flux migratoires qui dépendent de situations humanitaires globales

Depuis 2018, les efforts des gardes‐côtes libyens pour intercepter les traversées ont eu pour conséquence le renvoi de 40 % des migrants partis de ce pays d’Afrique du Nord. Ce mercredi 1er mai, des gardes‐côtes libyens ont par exemple intercepté près d’une centaine de migrants. Cette présence accrue en mer peut décourager les candidats au départ, tout autant que les conditions de détention promises aux migrants interceptés. Fin avril, l’Organisation internationale pour la migration en Libye dénonçait sur Twitter la situation « inacceptable » et « extrêmement inquiétante » d’un centre dédié aux migrants proche de Tripoli.

La diminution des arrivées de migrants est perceptible au delà des frontières italiennes. Il s’agit d’une tendance globale en Europe. Entre 2017 et 2018, le nombre de traversées en Méditerranée vers les côtes du continent est passé de 172 324 à 116 647, une baisse d’environ 30%.

  • Un taux de mortalité en Méditerranée en augmentation

Oui, le nombre d’arrivée de migrants a donc diminué en Italie depuis 2017. Ce qui a eu une incidence sur le nombre de disparitions en mer en direction des côtes italiennes, de 2873 en 2017 à 1312 l’année suivante. Mais le taux de mortalité en mer a, lui, augmenté. Il est passé de 2,4% en 2017 à 5,6% en 2018. Les traversées de la Méditerranée sont donc moins nombreuses… mais plus mortelles.