Européennes : la liste Renaissance peine à se mettre en marche

A J-23 du scrutin européen, la liste conduite par Nathalie Loiseau n’a pas encore divulgué son programme. Donnée seconde dans deux sondages jeudi 2 mai, derrière le Rassemblement National, elle compte sur le gouvernement au mois de mai pour relancer la campagne.

Trois de semaines pour se faire entendre. Alors que la dernière phase de campagne des listes candidates aux élections européennes du 26 mai débutera ce vendredi soir, date limite de dépôt des candidatures, la majorité peine à décoller. Deux sondages parus ce jeudi placent la liste Renaissance, emmenée par l’ex-ministre Nathalie Loiseau (LREM), derrière le Rassemblement national de Jordan Bardella, 21,5% contre 22,5%.

L’écart n’est pas un gouffre. Mais Pascal Durand, lui‐même présent sur la liste, le reconnaît sur Public Sénat :  « Il y a un problème de campagne européenne. » Entre des polémiques parfois issues d’un passé vieux de 30 ans et un calendrier bouleversé par des événements que personne n’avait prévus, le programme même de la majorité a dû être tenu secret. Initialement prévue pour la mi‐avril, sa publication a été repoussée au 9 mai.

« Un calendrier un peu exceptionnel »

Gilets jaunes, incendie à Notre Dame de Paris….  « Il y a eu un calendrier un peu exceptionnel avec la restitution du grand débat, le séminaire gouvernemental… », rappelle le député Benoît Simian (LREM). Une actualité riche qui a notamment tenu occupé Emmanuel Macron, au grand regret du député Modem Jean‐Louis Bourlanges.  « Le choix d’une personnalité compétente mais dotée d’une faible de notoriété politique impliquait un engagement personnel fort du président”, analyse ce soutien de la liste de Nathalie Loiseau.

Plus ennuyeux encore pour la majorité, le début de la campagne LREM a finalement été rythmé par des polémiques. Fin avril, Médiapart révélait ainsi que Nathalie Loiseau, alors sur les bancs de Sciences‐Po, avait figuré sur une liste étudiante d’extrême-droite. Une semaine plus tôt, une bande dessinée sur l’Europe signée par la candidate était accusée de banaliser l’homophobie sous couvert de différences culturelles…

Ratés

Des ratés auxquels n’est pas insensible Emmanuel Macron. Arès plus d’un mois de campagne, le chef de l’Etat a invité ses troupes à accélérer la marche. « Ça se joue maintenant ! J’appelle à la mobilisation générale du 6 au 26 mai », aurait alors lancé le président, selon un député présent. Le gouvernement est d’ailleurs poussé à s’impliquer davantage. Au rythme de « deux à trois meetings par semaine », le Premier ministre montrera l’exemple. Edouard Philippe se rendra dès le 6 mai à Caen pour soutenir Nathalie Loiseau.

Le manque relatif de notoriété de cette dernière n’inquiète officiellement pas les députés de la majorité. « Regardez quels sont les partis qui ont fait le pari d’avoir un leader au charisme incontestable et dont l’ancienneté est longue ? Aucun. De Raphaël Glucksman jusqu’à nous, il y a une volonté de renouvellement », confie l’un d’eux.

Une erreur stratégique

D’autres espèrent que les prochaines semaines seront plus fructueuses. « Il y a un temps pour tout », argumente Benoît Simian, pour qui un programme publié en amont aurait d’ailleurs pu être « parasité ». Une autre députée soupire discrètement : « Les citoyens ne s’y intéressent pas des semaines avant ».  Seul Jean‐Louis Bourlanges regrette ouvertement ce qu’il considère comme une erreur stratégique : celle de vouloir «  fédérer les progressistes et de les opposer aux nationalistes ». Comme le reste de la majorité, il reste toutefois confiant. Mais le timing s’annonce serré.