L’Europe nous « pique »-t‐elle vraiment 10 milliards d’euros par an, comme l’affirme Florian Philippot ?

LE BOL D’UN FAUX DU 3 MAI. Tous les jours à 14h, CFJLab décrypte les mots des invités politiques dans les matinales. Un faux, infox, intox ?

Aujourd'hui, on s'intéresse à Florian Philippot, tête de liste des Patriotes pour les élections européennes. Invité de la matinale d’Europe 1, il a tenu à « mettre l’accent » sur le fait que l’Union Européenne « pique 10 milliards d’euros » à la France par an.

Récupérer une forêt de milliards. Dans les discours des eurosceptiques, l’allégation est récurrente. Depuis la campagne présidentielle de 2017, à plusieurs reprises, Marine Le Pen sur son compte Twitter, François Asselineau sur le site de son parti l’UPR, ou encore Nicolas Dupont‐Aignan, ont affirmé qu’un « Frexit » permettrait à la France de récupérer 10 milliards d’euros parmi les sommes versées à l’Union européenne tous les ans.

Ce vendredi 3 mai, à trois semaines des élections européennes, c’est Florian Philippot, tête de liste de son propre parti, Les Patriotes, qui relance l’offensive au micro d’Europe 1. « J’appelle à ce que nous quittions l’Union européenne (UE) pour avoir une marge de manœuvre », s’est-il exclamé. L’ancien proche de Marine Le Pen ajoute : « Je voudrais mettre l’accent sur le fait que l’Union européenne nous pique 10 milliards d’euros par an. » Un chiffre que corrige immédiatement la journaliste Audrey Crespo‐Mara : « C’est 8 milliards en 2018. »

Alors, combien coûte vraiment l’Europe à la France ?

La France est le deuxième pays contributeur de l’UE, après l’Allemagne. Elle est considérée comme un pays « contributeur net ». Cela signifie qu’elle donne plus d’argent à l’Union européenne qu’elle n’en reçoit directement sous forme d’aides. Mais l’Union est loin de coûter 10 milliards d’euros par an à la France.

La Commission européenne répertorie la « somme différentielle » entre la contribution de chaque Etat et les aides qu’il perçoit de l’UE. Cette différence représente le coût réel de l’Union européenne pour chaque pays.

En 2018, la France a donné 21,5 milliards à l’UE et perçu 13,2 milliards d’aides, dont 9,2 dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). Cela représente, in fine, une contribution à hauteur de 8,3 milliards au bénéfice de l’Union européenne.

Des chiffres dépassés

Les chiffres qu’assènent les candidats eurosceptiques remontent souvent à 2016. L’Europe avait alors coûté 9,8 milliards à la France. Mais cette contribution était bien plus élevée que les années précédentes, à cause, notamment, de dépenses européennes sous‐estimées cette année‐là.

Or, en 2017, un rattrapage est effectué en guise de compensation. La France verse 16,2 milliards d’euros et reçoit 13,5 milliards de la part de l’UE. Résultat : en 2017, l’UE a coûté 2,75 milliards à la France. Loin des 10, voire 11 milliards d’euros par an évoqués par Florian Philippot, François Asselineau ou encore Marine Le Pen.

Le projet de loi finances 2019 prévoit toutefois une hausse des contributions de la France à l’égard de l’Union européenne. En 2019, elle devrait s’élever à 23,2 milliards, pour dépasser 24 milliards en 2020. Si le niveau des aides européennes stagnait à 13,5 milliards d’euros, la France pourrait voir, à terme, le prix annuel de sa participation à l’économie européenne passer la barre des 10 milliards d’euros. Un scénario incertain au vu des variations enregistrées jusqu’à présent d’une année sur l’autre.