Pitié‐Salpêtrière : les points divergents des versions de « l’attaque »

L'intrusion de manifestants dans le complexe de l'hôpital parisien La Pitié-Salpêtrière lors du défilé du 1er mai fait polémique. La thèse de « l'attaque » avancée par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner est infirmée par une série de témoignages et de vidéos. Retour sur le déroulé de l'incident, dont les versions des médias diffèrent quelque peu.

Il y a d’abord eu l’annonce d’une « attaque », notamment relayée par le ministre de l’Intérieur. Au gré de différentes révélations issues des réseaux sociaux et d’enquêtes journalistiques, les événements qui se sont déroulés au sein de l’hôpital de la Pitié‐Salpêtrière, mercredi 1er mai, apparaissent bien moins clairs. Même s’il est désormais possible d’écarter la première version brandie par le gouvernement, des doutes subsistent sur plusieurs points clés de cette journée au cours de laquelle des manifestants ont pénétré l’enceinte hospitalière, avant d’y être délogés par des forces de l’ordre.

Une ou deux irruptions dans l’enceinte de l’hôpital ?

Checknews, Les Décodeurs et Médiapart parlent d’une seule et même intrusion au 97 boulevard de l’Hôpital, aux alentours de 16h30. Le Parisien mentionne pourtant une seconde irruption survenue une dizaine de minutes plus tard, via une autre entrée, au 83 boulevard de l’Hôpital. « Au niveau de la porte coulissante : les manifestants passent au‐dessus et en dessous de la barrière » et « au niveau du deuxième portail : des individus cassent le loquet et entrent à l’intérieur du site. Ce portail est refermé en urgence par les personnels de sécurité », écrit le quotidien francilien.

Le rôle de la directrice

Les manifestants ont‐ils eu l’autorisation pour pénétrer dans l’hôpital ou s’agit-il d’une intrusion ? La directrice de l’hôpital a déposé plainte jeudi 2 mai. Le Parisien relève qu’elle y affirme avoir « eu à subir des dégradations et des intrusions » qui ont causé « un grand désordre ».

Des déclarations qui contrastent avec une autre version établie par Mediapart. Selon le site d’information, c’est avec « [son] autorisation » que les personnes se sont « réfugiées au pied des immeubles de l’établissement pour échapper aux lacrymogènes et aux charges policières ».

Pas de black blocs ?

Des vidéos appuient la thèse de manifestants désireux d’agir pacifiquement et sans agressivité. Même s’ils tentent de pénétrer dans le service de réanimation où mènent les escaliers, leur but n’est visiblement pas d’attaquer l’hôpital. Ils ne paraissent jamais en train de forcer l’entrée du service. Rien ne laisse penser qu’il aurait pu s’agir de black blocs, des manifestants d’extrême-gauche radicale ou à tendance anarchiste et violents. Les manifestants, de tout âge, ne sont pas encagoulés ni masqués.

Le journal Le Parisien se distingue avec le témoignage d’un de ses journalistes présents sur place le 1er mai. Celui‐ci aurait assisté à un « incident bref » et entendu des black blocs qui souhaitaient pénétrer dans l’hôpital, avant que les forces de l’ordre « sécurisent l’entrée et reprennent le contrôle de la situation ». L’article précise : « Vers 17 heures, l’un de nos reporters, présent devant la Salpêtrière, entend des black blocs hurler : “A l’hôpital !”. »

La raison de l’intrusion

Après enquête, les quatre médias sont en revanche formels. Les manifestants qui ont pénétré dans le complexe hospitalier semblent avoir cherché à échapper aux gaz lacrymogènes et fuir l’intervention des policiers. A la suite de « heurts devant le commissariat de police du XIIIe arrondissement », les CRS interviennent et « forcent le cortège à reculer », décrypte Les Décodeurs dans une vidéo. Au milieu des épaisses fumées de gaz, les manifestants forcent la grille du portail pour se mettre à l’abri et empruntent l’escalier extérieur menant au service de réanimation.

Des dégradations

De la même manière, il semble établi que les murs et le mobilier vandalisés dans l’enceinte de l’établissement hospitalier n’ont pas de lien avec les incidents du 1er mai. Ces dégradations auraient eu lieu dans la nuit du 30 avril au 1er mai, à la suite d’une « effraction » selon Le Parisien. Checknews précise qu’il s’agirait de l’intrusion d’un « SDF en état d’ébriété » la nuit précédente, à un autre endroit de l’hôpital près de la station de métro Chevaleret. Quant au vidéo projecteur dérobé au cours de la journée du 1er mai, il se trouvait dans la salle de staff du service de chirurgie digestive, à l’opposé de l’entrée empruntée par les manifestants. Assez loin pour ne pas alimenter de versions contradictoires.