Aide sociale à l’enfance : un budget multiplié par cinq, mais des critiques

Malgré les 60 millions d’euros par an désormais alloués aux enfants placés, l'amendement concernant les jeunes majeurs fait réagir le monde associatif.

Davantage de moyens pour les jeunes vulnérables issus de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Cette annonce d’Adrien Taquet est intervenue lundi, lors de l’ouverture des débats sur une proposition de loi LREM « visant à renforcer l’accompagnement des jeunes majeurs vulnérables vers l’autonomie. »

Au‐delà d’une augmentation conséquente du budget alloué à la protection de l’enfance, qui passera de 12 à 60 millions d’euros annuels, la proposition de loi dont la discussion se poursuit ce mardi à l’Assemblée nationale. Son objectif principal : rendre obligatoire la prise en charge par les départements des majeurs de moins de 21 ans particulièrement vulnérables (difficultés familiales, sociales et éducatives) via un « contrat d’accès à l’autonomie ».

À l’heure actuelle, 21 000 personnes bénéficient déjà d’un « contrat jeune majeur », selon Brigitte Bourguignon, la députée LREM rapporteuse du texte. L’élue du Nord‐Pas‐de‐Calais, garantit que le « contrat d’accès à l’autonomie » viendra en complément des contrats jeunes majeurs, qui présentent des « lacunes » et font l’objet de « fortes disparités entre les départements ». Mais pour pouvoir bénéficier du nouveau dispositif, les jeunes en difficulté devront avoir été placés pendant au moins deux ans.

Sur son compte Twitter, Lyes Louffok, ancien enfant de l’ASE devenu figure de la protection de l’enfance, et auteur du livre « Dans l’enfer des foyers » s’est indigné face à cette mesure qui, selon lui, est « discriminante » et « vise à exclure les enfants protégés tardivement. » « Nous vous demandons de ne pas voter ces amendements ! Les #EnfantsPlacés ou anciennement placés se sont battus pour que cette loi existe » a‐t‐il tweeté. Comme pour beaucoup de membres du monde associatif, il craint que la modification de l’article premier entraîne le remplacement des contrats jeunes majeurs par un contrat d’accès à l’autonomie, et donc d’empêcher les jeunes placés après 16 ans de bénéficier d’un suivi une fois leur majorité atteinte.

Mardi matin, plusieurs personnalités issues du monde associatif et politique ont signé une tribune dans Libération en indiquant « refuser que la proposition de Loi soit vidée de ses mesures, notamment son article premier qui rend obligatoire la contractualisation des jeunes majeurs jusqu’à leurs 21 ans. » « Le temps nous est compté » ont‐il averti avant de souligner la nécessité que les « oubliés de la République ne le soient plus. »

La prise en charge des enfants et jeunes adultes issus de l’ASE est pourtant un enjeu de société majeur, au vu des chiffres alarmants sur le sujet : une personne sans domicile fixe sur quatre née en France est un ancien enfant placé. Par ailleurs, 70% des jeunes qui sortent de l’Aide sociale à l’enfance n’ont aucun diplôme.

Enfin, dans la population des jeunes sans domicile fixe de moins de 25 ans, 40% sont des anciens de l’ASE. En janvier dernier, la diffusion sur France 3, d’une enquête intitulée « Enfants placés, les sacrifiés de la République » qui relevaient les dysfonctionnements de l’Aide sociale à l’enfance en Gironde, a aussi permis d’éveiller les consciences.

Les députés, qui ont achevé leurs travaux lundi soir à 1 heure du matin, poursuivent l’examen du texte ce mardi avant qu’il ne soit soumis au vote.

 

Irène Ahmadi