Deux ans après son élection, qu’a fait Emmanuel Macron pour les personnes handicapées ?

Après deux ans passés à l’Elysée, le chef de l'Etat a tenu une partie de ses promesses de sa campagne sur l'amélioration de leurs conditions de vie.

Six objectifs. En 2017, Emmanuel Macron, candidat de la République en marche à l’élection présidentielle, s’était engagé à suivre un programme ambitieux pour la cause des personnes handicapées. De quoi susciter un fort espoir auprès du monde associatif et des premiers concernés. Deux ans plus tard, malgré les actions pour cette cause « priorité du quinquennat », les associations et les personnes handicapées ne perçoivent que peu d’améliorations. 

  • « Nous réduirons la pauvreté des personnes en situation de handicap.»

Oui mais…- Emmanuel Macron, l’avait promis, il l’a fait. L’allocation aux adultes handicapés (AAH) pour une personne seule sera revalorisée en novembre prochain de 40 €, a confirmé lundi, la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel. Elle est ainsi portée à 900 euros par mois, comme promis durant sa campagne de 2017. Déjà augmentée de 50 euros en novembre dernier, l’allocation est versée à près d’1,1 million de personnes sur les 12 millions d’handicapés en France.

Mais selon le baromètre de l’Ifop rendu publique ce mardi, 68 % des personnes interrogées assurent que la revalorisation de l’AAH n’a « rien changé » pour eux. En effet, l’Association nationale pour l’intégration des personnes handicapées moteur (Anpihm) a déploré que cette allocation reste en dessous du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian, soit 1 026 euros).

Elle souhaiterait à la place l’instauration d’« un revenu de remplacement égal au smic sans prise en compte des ressources du conjoint ». En 2017, une étude de l’Observatoire des inégalités indiquait que la moitié des personnes handicapées disposaient d’un niveau de vie inférieur à 1 540 euros par mois, soit près de 200 euros de moins qu’une personne valide.

  • « Nous faciliterons l’accès au logement social ou inclusif. »

Non… Votée en octobre 2018, la loi Élan est perçu pour de nombreuses associations comme un recul des droits dans l’accès au logement des personnes handicapées. Celle‐ci avait pour ambition de faciliter la construction de nouveaux logements, notamment en modifiant les normes d’accessibilité pour les logements neufs. Cette loi supprime l’obligation de construire 100 % de logements adaptés aux handicapés en fauteuils roulants. 

À partir d’octobre 2019, seuls 20 % des logements neufs seront concernés par cette obligation. Les autres habitations devront simplement être évolutives ; c’est-à-dire être en partie accessible, avec la possibilité de l’être totalement par de « simples travaux». 

  • « Nous donnerons accès à un(e) auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants en situation de handicap qui en ont besoin pour avoir une scolarité comme les autres »

Oui mais … Jean‐Michel Blanquer avait souligné à la rentrée 2018, la scolarisation de « 20 000 élèves [en situation de handicap] de plus que l’an dernier ». 340 000 élèves handicapés sont aujourd’hui scolarisés, mais des milliers ne peuvent toujours pas aller à l’école, faute d’accompagnants d’élève en situation de handicap (AESH).

En 2019, le gouvernement s’est attelé à financer la création de 12 400 postes d’AESH, à durée déterminée, pouvant déboucher au bout de six ans sur un CDI. Mais une autre question surgit : la qualité et les moyens mis à disposition pour la formation de ces accompagnants, souvent jugés insuffisants par les associations. 

  •    « Nous améliorerons l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap. »

Oui mais … En France, seulement 500 000 personnes avec un handicap sont inscrites à Pôle emploi alors qu’elles sont 2,7 millions en âge de travailler. Avec la réforme du compte personnel de formation (CPF) entrée en vigueur le 1er janvier 2019, ce dernier n’est plus calculé en heures mais en euros. Le montant a été revalorisé à 800 euros par an pour une personne handicapée contre 500 euros par an pour une personne valide, afin de permettre aux handicapés d’avoir accès plus facilement à la formation.

Il est encore trop tôt pour apprécier les effets de la mesure. Mais un constat demeure : un demandeur d’emploi handicapé sur cinq possède un niveau de qualification inférieur au bac en 2018. Le taux de chômage des travailleurs handicapés s’élève, lui, à 19% (contre 8,8% pour la moyenne nationale).

  • « Nous favoriserons les périodes de répit pour les aidants. »

Oui mais .… Lors de sa conférence de presse face aux journalistes le 25 avril dernier, le président Emmanuel Macron avait souligné la nécessité de mieux « reconnaître » le rôle des aidants familiaux. Le lendemain, la ministre de la Santé et des Solidarités Agnès Buzyn précisait être « favorable » à l’instauration d’un congé rémunéré pour les aidants de proches handicapés. Déjà en mars 2019, un projet de loi était en discussion au Sénat mais la majorité des articles avaient été supprimés.

Autre avancée dans le domaine : un décret d’octobre dernier a instauré la possibilité aux agents publics de faire don de leurs RTT pour être solidaires de ceux qui, parmi les collègues de leur administration, aident des proches en perte d’autonomie ou présentant un handicap. C’était déjà le cas dans le secteur privé depuis 2014.

En revanche, une mesure a disparu des radars :  la proposition d’un « chèque bilan santé/social » offert à l’aidant au moment de la découverte du handicap, en plus d’un accompagnement psychologique. 

  • « Nous organiserons l’accessibilité autour de la personne, plutôt que des structures. »

Oui mais … En octobre 2017, Emmanuel Macron avait placé la priorité sur l’accessibilité des transports publics et de la voirie. Le bilan pour l’accès à la voirie s’améliore, mais cela ne lui est pas forcément imputable. La loi du 24 septembre 2014 institue l’obligation de la mise en accessibilité des établissements recevant du public (ERP), des transports publics, des bâtiments d’habitation et de la voirie pour les personnes handicapées. Depuis, 350 000 ERP ont régularisé leurs situations entre 2005 et 2015, contre 50 000 auparavant.

Le candidat Macron souhaitait aussi mettre en place un suivi des collectivités locales afin qu’elles proposent des solutions d’accessibilité et d’insertions à leurs habitants. Résultat ? Lancée en 2018, la démarche « Territoires 100% Inclusifs » doit permettre une meilleure organisation des acteurs publiques et associatifs pour l’insertion des handicapés. Elle vise notamment à éviter les ruptures de parcours dont ils sont souvent victimes et à mieux les accompagner dans leurs démarches. Trois territoires ont été concernés par cette expérimentation  : le territoire de Belfort, le département de la Manche et la Gironde. Le dispositif doit être à terme, appliqué à l’ensemble du territoire. Les premiers bilans sont attendus à la rentrée 2019.