Stéphane Bern : « L’Angleterre est une monarchie de substitution pour les Français »

Un jour après l’accouchement de Meghan Markle, Stéphane Bern s’est livré à Newsroom CFJ. Selon ce spécialiste des têtes couronnées, « l’actualité de la famille royale a toujours passionné les Français ».

Newsroom CFJ : Parmi les membres de la famille royale britannique, pourquoi Meghan Markle suscite‐t‐elle une attention particulière des Français ?

Stéphane Bern : Tout d’abord, elle s’affranchit des codes et des règles. Evidemment il n’y a pas d’enjeu avec ce bébé car il est septième dans l’ordre de succession au trône et n’a donc aucune chance d’avoir un avenir royal. En revanche, c’est le premier bébé avec des gênes qui représentent la société multiraciale et multiculturelle britannique. C’est le premier bébé métisse de la famille royale. En ce sens, il dit quelque chose de la société britannique. Et puis Meghan Markle est atypique : elle ne fait rien comme tout le monde, elle a sa propre communication, elle n’obéit à aucune règle, elle déroge à tous les us et coutumes. De ce point de vue‐là, je comprends l’intérêt qu’elle suscite auprès de toute une jeune génération qui a ainsi trouvé l’expression d’une idole avec une voix qui porte et qui les représente.

Cet intérêt pour un royal baby ou un mariage royal est‐il récent ?

Honnêtement, j’y suis habitué. Je ne dis pas que je trouve ça tout à fait normal… Je trouve ça cocasse et amusant que l’actualité de la famille royale ait toujours passionné les Français. Ils regardent ça avec tendresse, un peu amusés. Sur la scène internationale, c’est évidemment moins important que ce qu’il se passe en Syrie… Je crois aussi que les bonnes nouvelles manquent terriblement dans l’actualité. Donc immédiatement, ça fait la Une des JT en France. On ne pas asséner des mauvaises nouvelles tout le temps sans mettre en fin de journal un petit twist chaleureux et amusant.

La France est‐elle la seule à être fascinée par cette famille royale ?

D’autres pays s’y intéressent de façon tout aussi frénétique, comme l’Espagne ou l’Allemagne, une monarchie et une République. Mais, en France, on a une telle fascination pour l’Angleterre ! Ce pays nous intéresse et cette monarchie britannique alimente cela. Et je crois que c’est une monarchie de substitution pour les Français. Tout ce qui se passe à la cour britannique intéresse, ça fait vendre du papier. A l’inverse, quand il y a un bébé royal en Espagne ou en Belgique, on n’en parle quasiment pas. De Gaulle disait que les Français ont le goût du prince et ils vont le chercher à l’étranger.

Certains estiment que l’on en fait trop. Comprenez‐vous cet argument ?

C’est l’histoire du pain et des jeux. On passe bien des heures à nous expliquer ce qui se passe dans le football. Pour la mort de Johnny, certains ont aussi trouvé qu’on en faisait trop… Chaque support de presse est libre de faire sa propre appréciation. J’ai tendance à trouver qu’on en fait presque un peu trop sur le bébé. J’aurais aimé qu’on en fasse davantage sur les obsèques du Grand‐duc de Luxembourg [le samedi 4 mai 2019]. C’était le dernier héros de la guerre mais ça n’a pas l’air de concerner beaucoup les médias grand public. C’est à géométrie variable…