Devoir d’exemplarité, surveillants qui enseignent… : ce qui a fait descendre les profs dans la rue

A l’initiative de neuf syndicats, les fonctionnaires étaient appelés à faire grève ce jeudi pour protester contre le projet de loi censé « moderniser » leur statut. Parmi eux, le corps enseignant, qui dénonce également le projet de loi pour une « école de la confiance », porté par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer. 

Le projet de loi pour « une école de la confiance » a été adopté par l’Assemblée en février dernier. Examiné par le Sénat la semaine prochaine, il provoque l’ire des syndicats et enseignants, qui fustigent « l’autoritarisme » du gouvernement. Cinq mesures sont particulièrement critiquées. 

Un devoir « d’exemplarité des enseignants » 

C’est l’article 1 du projet de loi « Ecole de confiance » : il rappelle que les enseignants doivent faire preuve « d’exemplarité ». Certains voient derrière ce principe une volonté de « museler » leur liberté d’expression, notamment le syndicat SNUI‐pp FSU. « Nous avons le droit de nous exprimer », martèle Christophe, professeur de maths en collège et élu syndical à l’UNSA-Education.

Des drapeaux français et européens dans les salles de classe

C’est à l’origine un amendement d’Eric Ciotti, député LR. Il vise à rendre obligatoire la présence dans les classes du drapeau tricolore et du drapeau européen, ainsi que des paroles de l’hymne national. « Une mesure coûteuse et sans apport pour la citoyenneté, qui montre une vision rétrograde de l’enseignement moral et civique », rapporte le syndicat SNUI‐pp FSU, en marge de la manifestation.

Des collèges regroupés avec des écoles

Le regroupement d’un collège et d’une ou plusieurs écoles au sein d’établissements de « savoirs fondamentaux » soulève des inquiétudes. Le syndicat SGEN‐CFDT s’inquiète des fermetures de classes que cette mesure pourrait engendrer, notamment dans le rural. Une autre conséquence serait la disparition des directeurs d’école, puisque les établissements de savoirs fondamentaux seraient dirigés par des principaux.

Une instruction obligatoire dès l’âge de trois ans

Aujourd’hui, les enfants sont obligés d’aller à l’école à partir de six ans. Le projet de loi veut réduire  l’entrée à l’école à trois ans. Dans les faits, cette mesure ne concernera que 26 000 nouveaux enfants à la rentrée prochaine, selon une étude d’impact du ministère, car 98,9 % de cette classe d’âge font déjà l’objet d’une instruction. Cette obligation impose aux collectivités de financer les maternelles privées sous contrat. Jusqu’ici, un certain nombre de communes versaient — sans obligation‐ un forfait communal aux maternelles privées bénéficiant d’un contrat d’association avec l’Etat. Même si l’Etat prévoit de compenser cet investissement, les syndicats du corps enseignant dénonce un « cadeau » fait à l’enseignement privé. Le coût de cette mesure est évalué entre 100 et 150 millions d’euros.

Des « missions d’enseignements » pour les surveillants

Vers une formation au rabais ? Les surveillants d’établissements pourront exercer des “missions d’enseignement ». Deux conditions : préparer les concours au métier d’enseignant et être au minimum en deuxième année de licence. Une mesure fustigée par les syndicats qui dénoncent l’utilisation des étudiants pour résoudre les problèmes de remplacement à moindre coûts. « Enseigner s’apprend, c’est la condition de réussite des élèves », relève Laurie, professeur de français et membre du syndicat SNUIPP‐FSU.