Monsanto : François de Rugy appelle « à se protéger » des groupes d’influence

Une enquête de France 2 et du journal Le Monde a révélé le fichage de personnalités par l'entreprise en fonction de leur position sur les pesticides. Les journalistes et politiques concernés ont vivement réagi.

« Je ne suis pas surpris ». Le ministre de l’Environnement, François de Rugy, a réagi aux nouvelles révélations sur le lobbying de l’entreprise américaine Monsanto. Une enquête diffusée jeudi sur France 2 a montré qu’une société de communication, Fleishman Hillard, aurait secrètement fiché des centaines de personnes en fonction de leurs positions sur les pesticides, pour le compte du producteur de glyphosate. « Il faut évidemment se protéger, il ne faut pas être naïf face à des grands groupes économiques qui se croient plus puissants que les États », a déclaré le ministre.

Le groupe chimique allemand Bayer, propriétaire depuis 2018 de Monsanto, a indiqué qu’il n’avait « pas connaissance » de ce fichage.

« À marginaliser »

Parmi les fichés figurent des responsables politiques et scientifiques. Ségolène Royal, a ainsi été classée « à marginaliser » pour son opposition aux pesticides. Elle a obtenu la note de zéro sur cinq, comme « zéro influençable ». L’ancienne ministre de l’environnement, ne sait pas si elle portera plainte. « Ce serait mieux qu’il y ait une démarche institutionnelle et des investigations sur les autres lobbies, parce que Monsanto ne doit pas être le seul à se comporter de cette façon‐là, a‐t‐elle déclarée. Au lieu uniquement de se scandaliser, il faut rebondir sur cette révélation pour nettoyer ce système de lobbying. »

Des journalistes ont également fait l’objet d’une notation. « Ficher nos journalistes est inacceptable : je dénonce ce type de méthodes! », a indiqué sur Twitter Sibyle Veil. La PDG de Radio France « va porter plainte». Le journal Le Monde et Stéphane Foucart, un de ses journalistes cité dans les documents, ont déjà saisi la justice le 26 avril. Pour sa part, Le Parisien/Aujourd’hui en France, a confirmé qu’il allait saisir la CNIL, après avoir découvert que trois de ses journalistes auraient été notés par Monsanto.

Monsanto Papers

Ce n’est pas la première fois que le lobbying du géant américain fait polémique. Dans les Monsanto Papers, des courriers internes à l’entreprise révélés par Le Monde, avaient déjà révélé la technique de « ghostwriting » (écriture fantôme) pratiquée par l’entreprise. Il s’agit d’une fraude scientifique selon laquelle une entreprise fait rédiger des études à ses propres employés puis les fait signer par des scientifiques contre rémunération. Des articles défendant le glyphosate se sont ainsi retrouvés dans des publications scientifiques et la presse.

Le Monde avait également découvert que Monsanto avait payé des experts (professeurs et consultants privés) pour rédiger des synthèses qui concluaient à la non‐dangerosité du glyphosate.