Pourquoi la CGT perd ses adhérents

Distancé par la CFDT et déstabilisé par les Gilets jaunes, le syndicat a du mal à convaincre. Il tient ce lundi à Dijon son 52e congrès. Philippe Martinez doit être réélu secrétaire général. 

30 000 adhérents en moins en quatre ans, c’est le triste chiffre à retenir du premier mandat de Philippe Martinez, leader de la CGT (Confédération générale du Travail). Le syndicat est à la dérive et ne compte plus que 653 000 adhérents, se faisant même dépasser par la CFDT.

Aujourd’hui, moins d’un Français sur quatre fait confiance aux syndicats, selon un sondage Cevipof de 2018. La participation aux élections professionnelles est, elle, en chute libre : 42,8 % dans le privé, 7,3 % dans les entreprises privées de moins de 10 salariés, 49 % dans la fonction publique. En 1950, 30% des salariés adhéraient à un syndicat. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 11%, soit 2,3 millions de personnes au total.

Le tournant Gilets jaunes

L’une des raisons de cette perte de confiance est probablement le mouvement des Gilets jaunes. Ce dernier a représenté un tournant dans le paysage syndical français, remettant en question l’utilité du syndicalisme aujourd’hui. «Trop politisés », « trop éloignés des réalités », « inefficaces », « tous pourris » : les termes utilisés sur les ronds‐points pour qualifier les syndicats sont violents. Les Gilets jaunes se sont organisés sans les syndicats, en portant souvent les mêmes revendications : hausse des salaires, des pensions, développement des services publics ou encore justice fiscale.

 « Les Gilets jaunes ont obtenu plus en six mois que la CGT en 20 ans », tacle un représentant patronal, en référence aux mesures annoncées par Emmanuel Macron pour répondre à la crise, évaluées à 17 milliards d’euros par Bercy. « On a pris du retard sur certaines catégories de travailleurs et on s’est trop intéressé au chômage, pas assez au travail », reconnaît Philippe Martinez.

Toute une branche de la CGT milite d’ailleurs pour un rapprochement avec les Gilets jaunes. C’est par exemple le cas des fédérations des industries chimiques, des commerces et services ou d’unions départementales (Val‐de‐Marne, Val-d’Oise, Pyrénées‐Orientales ou Nord). Philippe Martinez est, lui, partagé à ce sujet, jugeant certains des Gilets jaunes “pas fréquentables”. 

Dissensions internes

Par ailleurs, une trentaine de syndicats affiliés à la CGT, se présentant comme “révolutionnaires”, (Info’Com-CGT, CGT Goodyear, CGT CHU Lille, CGT Bombardier…) ont manifesté leur désaccord avec la direction du syndicat ce lundi. Ils ont organisé une conférence de presse en fin de matinée, en face du Palais des congrès de Dijon, où se tient le congrès de la CGT.  Ils ont présenté leur document d’orientation alternatif réclamant une CGT « révolutionnaire », guidée par la « lutte des classes. »

Les dissensions se font de plus en plus sentir et elles sont si grandes que, dans les rangs du syndicat, on commence même à évoquer l’idée d’une scission. L’ancien secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, remet en cause la politique de la chaise vide, pratiquée par le syndicat, dans un entretien au Figaro. « Il n’y a rien de pire que d’être absent là où les intérêts des salariés sont discutés et parfois remis en cause. Je pense d’ailleurs que, sur ce point, la CGT fait fausse route» dénonce‐t‐il.

Philippe Martinez “ne lâche rien”

Enfin, Philippe Martinez est jugé pas suffisamment contestataire par ces syndicats “révolutionnaires” Ils avaient déjà vivement critiqué la décision du secrétaire général d’arrêter la fronde contre la loi travail à l’automne 2016, après 13 journées de mobilisation.

Face à cette descente aux enfers, l’actuel secrétaire général, Philippe Martinez, souhaite maintenir sa ligne. Son mot d’ordre ? « On ne lâche rien ». Le leader de la CGT rappelle : « le rôle d’un syndicat est de négocier à tous les niveaux où cela est possible. Et quand la négociation bloque, il faut créer un rapport de force, dans les entreprises ou dans la rue ».

Étant le seul candidat à sa succession, Philippe Martinez devrait réussir à convaincre le millier de militants qui doivent voter pour le réélire. Il a déjà annoncé faire de la défense des retraites un sujet majeur. “Nous demandons une retraite minimale à 75% du smic, avec un smic à 1 800 euros” a‐t‐il déclaré. Le secrétaire général du syndicat souligne que c’est un sujet qui fédère : “l’opinion publique y est sensible, y compris les jeunes”. Un moyen, peut‐être de séduire à nouveau les déçus du syndicalisme.

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