Européennes : les bulletins de vote, le grand stress des petits partis

Entre budget réduit et galères d’organisation… Les petites listes tâchent d’être présentes dans les urnes malgré tout.

C’est un casse‐tête qu’ils auraient préféré éviter. À moins de deux semaines des Européennes, les petits partis enchaînent les difficultés pour acheminer leurs bulletins de vote dans chaque bureau. Si 34 listes se présentent, il y a très peu de chance que les électeurs trouvent les 34 bulletins dans leur bureau le 26 mai. Les formations les plus modestes doivent faire des choix.

« On ne sera disponible qu’à Paris, Nantes, Lille et Nancy », se résigne Corentin Dattin, membre de la liste Allons Enfants. « Sur notre budget de 10 000 euros, l’impression des bulletins représente déjà 80% de nos dépenses. C’est financièrement impossible d’avoir des bulletins de vote partout », complète‐t‐il.

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Même son de cloche du coté du Parti Pirate qui a fait le choix de n’être disponible que dans une poignée de bureaux de vote dans l’Hexagone, essentiellement en Essonne et à Strasbourg, où la formation dispose de nombreux militants. Chez le parti animaliste, on a fait le choix d’être présent dans tous les bureaux de vote, mais de renoncer aux professions de foi envoyées par La Poste la semaine précédant le scrutin.

Pour faire des économies, Allons Enfants s’est tourné vers un imprimeur italien. « Aucun imprimeur français n’acceptait de tirer une si petite quantité », explique Corentin Dattin. Alors, après une frayeur de dernière minute provoquée par trois jours de retard à la livraison des bulletins, pour y être à temps, le système D s’organise. « On a réservé un Kangoo mercredi pour distribuer nos bulletins de vote dans les différents bureaux parisiens, raconte le candidat. Des colistier lillois et nantais viendront récupérer les cartons ce week‐end pour les livrer dans leur ville ».

« Un déni de démocratie »

Cette situation agace plus d’une liste. « C’est un déni de démocratie, considère Florie Marie, à la tête du Parti Pirate. En imposant aux partis de payer leurs bulletins de vote, on empêche des gens d’être candidat et des idées d’être représentées ».

Dans les faits, l’impression des bulletins est bien remboursée aux partis, mais uniquement s’ils dépassent les 3% des voix. Un niveau que peu de listes pourront atteindre. 

Pour éviter les dépenses inutiles, les petits partis comptent donc sur le soutien de leurs sympathisants. « On a ouvert un site internet pour permettre à nos adhérents d’imprimer des bulletins de vote et de voter avec », explique Florie Marie. Allons Enfants a également opté pour cette solution. « Comme ça n’importe qui peut l’imprimer et s’en servir, même là où on en a pas distribué », se réjouit Corentin Dattin. Légalement, ces bulletins de vote « maison » sont autorisés selon l’article R. 66 du code électoral. Mais ils doivent être identiques à ceux déposé en préfectures.

Mais la galère ne s’arrête pas aux bulletins de vote. L’impression des affiches sur les panneaux électoraux représente là aussi un coût important. « Il y a 75 000 panneaux électoraux à couvrir sur toute la France. On ne sera présent que sur quelques panneaux à Paris, à Strasbourg ou en Bretagne », prévient Florie Marie. Là où les grands partis s’offrent les services d’une société pour aller coller les affiches, chez Allons Enfants les militants font tout eux‐mêmes. « Depuis le début de la semaine, on colle trois ou quatre heures par nuit en région parisienne et à Nantes » raconte, hilare, Corentin Dattin. « C’est amusant, mais c’est un stress permanent », conclut‐il. 

 

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