Tran To Nga, empoisonnée par l’agent orange, lutte contre Monsanto

Cette femme de 78 ans a été contaminée dans les années 60 au Viêt-Nam. Aujourd'hui, figure emblématique du combat contre cet herbicide, elle est venue spécialement d'Asie pour participer à la manifestation contre Monsanto, samedi à Paris.

Quand les gouttelettes de l’agent orange entrent pour la première fois en contact avec sa peau, Tran To Nga n’a pas immédiatement conscience qu’une simple douche n’arrivera pas à en effacer les traces. 50 ans plus tard, son combat contre cet herbicide, produit en grande partie par Monsanto, n’est pas terminé.

L’agent orange est largement employé par l’armée américaine, pendant la guerre du Viêt‐Nam (1955 — 1975). 80 millions de litres sont déversés sur les forêts. Près de 4,5 millions de personnes sont empoisonnés. Les symptômes apparaissent progressivement, les cancers et malformations se multiplient.

“Le drame avec ce produit, c’est qu’il provoque une extermination familiale…”, murmure cette Française d’origine vietnamienne. Car l’agent orange fait toujours des victimes aujourd’hui. La dioxine, l’une des molécules qui composent le produit, est extrêmement résistante. Conséquence : des Vietnamiens nés des décennies plus tard présenteraient des pathologies et des malformations liés à l’épandage du produit.

Malformations

Tran To Nga  a perdu sa fille aînée en 1969, des suites d’une malformation cardiaque. Ses deux autres filles ont survécu mais sont atteintes de malformations cardiaques et osseuses. Elle‐même se bat contre un cancer du sein et des tuberculoses à répétition.

Depuis maintenant dix ans, l’ancienne journaliste lutte pour obtenir réparation. Accompagnée de trois avocats bénévoles, elle a porté plainte contre les fabricants de l’agent orange. Mais la procédure traîne en longueur. “Cette année, j’en suis à la 14ème audience judiciaire. C’est loin d’être terminé”, soupire la septuagénaire.

“Il y a des milliers de victimes qui n’ont jamais été dédommagées”

“Quand j’ai décidé de porter plainte, j’étais seule”, glisse‐t‐elle d’un voix douce. Alors, pour elle, la manifestation de samedi contre Monsanto, “c’est comme la réalisation d’un rêve”. Tran To Nga est venue du Viêt‐Nam spécialement pour cet événement. “Je veux faire connaitre ma cause et faire reconnaître les victimes de l’agent orange, explique‐t‐elle. Il y a des milliers de victimes qui n’ont jamais été dédommagées. Seulement  les anciens soldats américains.”

La manifestation, coordonnée par le collectif “Combat contre Monsanto” aura lieu samedi dans une quarantaine de pays, et une trentaine de villes françaises.

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