Plomb autour de Notre‐Dame : les associations demandent des mesures sanitaires

Un mois après l'incendie de la cathédrale, les associations Robin des Bois, Henri Pézerat et l'Association des Familles Victimes du Saturnisme continuent d'informer les riverains sur les risques de la contamination au plomb et demandent aux autorités la mise en place d'un périmètre de décontamination.

« Il y a eu beaucoup d’argent donné pour la reconstruction de Notre‐Dame. Je considère que l’urgence c’est de prévenir les maladies chez les victimes de la contamination liée à cet incendie, avant même de restaurer les pierres. » Pour Annie Thébaud‐Mony, présidente de l’association Henri Pézerat, la situation est grave. Jeudi dernier, l’Agence Régionale de Santé d’Île-de-France (ARS) a publié un communiqué présentant les mesures du taux de plomb dans les sols et dans l’air autour de la cathédrale incendiée, effectuées par le laboratoire central de Préfecture de police de Paris (LCPP). Conclusion ? « Pas de risque sanitaire lié au plomb en matière de qualité de l’air ». L’agence souligne cependant que du plomb est présent « à des niveaux d’environ 10 à 20 g/kg de sol » sur le parvis de la cathédrale, interdit au public. Sachant que la valeur repère du Haut conseil de santé publique est de 0,3 g/kg, la concentration de plomb mesurée est donc très importante. Pourtant, dans le communiqué, il est indiqué que « la présence de plomb, dans des quantités supérieures aux seuils réglementaires, ne peut avoir un impact sur la santé qu’en cas d’ingestions répétées. »

Un bilan que contestent formellement les associations. « Les gens qui habitent autour et qui sont revenus chez eux ne savent pas combien il y a de plomb dans leur logement et continuent de respirer. Les enfants continuent de jouer avec leurs doudous. Il y a un risque qui devient permanent, puisque ça fait plusieurs semaines que cela dure », explique Mathé Touiller, présidente de l’Association des familles victimes de saturnisme (AFVS). La première revendication des associations est d’établir un bilan plus précis de la situation. « D’habitude, on dit : “Il y a du plomb dans votre logement, sortez les enfants, amenez‐les au parc”. Là on ne peut pas le dire parce qu’on ne sait pas s’il y a du plomb dans les parcs alentour », déplore la bénévole. Ce sont les enfants et les femmes enceintes qui concentrent les inquiétudes. La présidente de l’AFVS souligne la situation de la crèche Massillon, proche de l’île de la Cité : « Il y a eu des relevés à 70 ou 80 microgrammes de plomb par mètre carré. Le seuil de vigilance, c’est 25 microgrammes par mètre carré et le seuil d’intervention 70 microgrammes par mètre carré. Il y a des enfants qui mettent leur main dans la bouche. Le risque est majeur. »

Une responsabilité collective

Pour Annie Thébaud‐Mony, « on est non seulement en déficit d’information, mais aussi en déficit d’action par rapport à une situation critique. » Les symptômes du saturnisme, le nom de la maladie issue de la contamination au plomb, ne sont pas immédiats mais peuvent se développer au fil des années. Chez les enfants, cela peut provoquer des baisses de la capacité intellectuelle, des problèmes d’attention et de concentration. Il y a également des risques pour les reins, le sang et les organes reproducteurs. Pour les femmes enceintes, une intoxication au plomb peut provoquer des fausses couches ou des accouchements avant terme. La chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale est très critique du rapport de l’ARS : « Ils ont juste dit de passer la serpillère. C’est vraiment se moquer du monde ! » Selon elle, « un périmètre aurait dû être installé, comme on le fait quand il y a de la radioactivité. » Elle déplore également le fait que l’ARS « renvoie à la responsabilité individuelle ». Son association incite les riverains à se constituer en collectif pour faire valoir leurs droits. « On n’a pas l’intention d’en rester là », prévient‐elle.

En attendant, de nombreux habitants appellent les associations pour savoir comment se protéger du plomb. Pour Mathé Touiller, il faut « nettoyer au maximum avec des lingettes que l’on jette dans des sacs plastiques et qu’on ne laisse pas à la portée des enfants. Laver tous les jouets, les doudous, les poussettes… » Elle préconise également de se « laver régulièrement le visage et les mains ainsi que se couper les ongles ».

  • À lire aussi :

Un mois après l’incendie de Notre‐Dame, les commerçants de l’île de la Cité peinent à se remettre à flots