Un mois après l’incendie de Notre‐Dame, les commerçants de l’île de la Cité peinent à se remettre à flots  

Baisse du chiffre d’affaires, tourisme en berne... Autour de la cathédrale, cafetiers, restaurateurs et vendeurs de souvenirs ont le sentiment que la circulation est "bloquée pour rien”.

 

“La première semaine après l’incendie, on a perdu 70% de notre chiffre d’affaire habituel. Après trois semaines, on était à moins 38%.” C’est le bilan que dresse Bruno Louvrier, propriétaire du restaurant Au Bougnat, rue Chanoinesse, à deux pas du Parvis de Notre‐Dame, à Paris. “Tant qu’ils n’auront pas rouvert le parvis, ça n’ira pas mieux.”

Restaurant Au Bougnat, rue Chanoinesse. © Crédits photo : Maya Baldoureaux‐Fredon

Avec la fermeture de l’esplanade, la rue d’Arcole est devenue une impasse. “Les piétons peuvent circuler dans une partie de la rue, les véhicules de livraison pour les commerces aussi, mais c’est tout”, explique le policier gardant le barrage de la rue d’Arcole, parmi les plus commerçantes de l’île de la Cité.

“Tous les parcours touristiques ont changé. Avant l’incendie, les gens qui venaient voir la Sainte Chapelle, Notre‐Dame et Beaubourg, traversaient l’île par la rue d’Arcole, puisqu’elle donne sur le parvis”, expose Bruno Louvrier. Or, avec le barrage, les touristes ne circulent plus. 

Carte des rues piétonnisées autour de la cathédrale Notre‐Dame

 La vue de Notre‐Dame étant meilleure du côté du quartier Saint‐Michel, ils n’ont plus d’intérêt à venir du côté de la rue d’Arcole. “Ce qu’il faudrait, c’est ouvrir une petite bande piétonne sur le parvis pour que les gens puissent passer et que le flux de touristes reprenne”, propose le restaurateur.

“On trouve que la Préfecture met du temps à rouvrir. On nous dit que ça reste fermé pour raisons de sécurité mais on ne comprend pas trop pourquoi. On nous parle de risque d’attentats, mais il n’y a jamais eu d’attentat ici. On a le sentiment que la situation est bloquée pour rien”, pointe Bruno Louvrier.

Le périmètre de sécurité n’a pourtant plus rien à voir avec ce qu’il était juste après l’incendie. Quelques barrières et un camion de CRS seulement gardent l’entrée de la rue. “Le filtrage continuera sûrement jusqu’à la fin des travaux, dans cinq ans” sourit le policier, contrit.

Barrage rue d’Arcole. © Crédits photo : Maya Baldoureaux‐Fredon

Face aux incertitudes, les commerçants s’organisent

La situation est pire rue du Cloître, qui n’a toujours pas rouvert aux piétons. Seuls les riverains peuvent passer les barrages de police. Les forces de l’ordre reçoivent des indications variables. “Parfois on nous dit que la rue sera partiellement rouverte bientôt, parfois on nous dit que ça mettra plus de temps”, déclare un policier. Les travaux de déblaiement devraient commencer ce mercredi, avec l’arrivée de camions par le square Jean XXIII, juste derrière la cathédrale. 

L’arrière de la cathédrale Notre‐Dame, couverte d’échafaudages. © Crédits photo : Maya Baldoureaux‐Fredon
Barrage rue du Cloître. © Crédits photo : Maya Baldoureaux‐Fredon

Face aux nombreuses incertitudes qui entourent les travaux, les commerçants de l’île de la Cité ont commencé à s’organiser. Le comité des commerces de l’île ne semblant pas très actif, les principaux concernés ont donc pris les devants. Ils ont créé un groupe WhatsApp pour échanger les informations. “Certains prennent des photos pour montrer à la préfecture qu’il n’y a personne, explique Bruno Louvrier. On a appelé des huissiers pour faire des comparaisons entre les chiffres d’affaire de cette année et ceux de l’an dernier, pour montrer que la perte est grande.”

Une potentielle aide financière ?

La présidente de la région Ile‐de‐France, Valérie Pécresse, a écrit à Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, pour lui demander d’étendre aux commerçants installés à proximité de Notre‐Dame les dispositifs mis en place à destination des commerces ayant subi des dégradations au cours des manifestations de Gilets jaunes.

“En conséquence de l’incendie et du périmètre de sécurité mis en place autour de la cathédrale Notre‐Dame, ces commerces ont fait l’objet d’une baisse conséquente de leur chiffre d’affaire,” note‐t‐elle dans sa lettre. Elle demande “l’étalement dans le temps du paiement des échéances sociales” et des “modérations et remises sur les impôts directs”. Autant de mesures dont ont bénéficié les gérants de magasins qui ont souffert des différents actes du mouvement des Gilets jaunes.

Autour de Notre‐Dame, peu des commerçants concernés ont entendu parler de cette proposition. Ils attendent des précisions plus concrètes.