De Cholet à la NBA, un parcours sinueux pour un prodige comme Killian Hayes

Fils d’un ancien basketteur professionnel, Killian Hayes, 17 ans, a vécu toute son enfance et son adolescence avec un seul objectif en tête : jouer en NBA. En juin 2020, il aura l’opportunité d’être drafté et d’intégrer le meilleur championnat au monde. Explications du chemin parfois sinueux et imprévisible vers les parquets américains pour un jeune prodige du basket français.

« La NBA, ç’a toujours été mon rêve ! » Les mots sont de Killian Hayes, meneur de 17 ans évoluant au Cholet Basket en Jeep Elite (ex‐Pro A). Dès les catégories jeunes, le joueur d’1m94 rafle tous les titres de MVP (meilleur joueur) au niveau national et international, et devient même champion d’Europe des moins de 16 ans. Des performances qui le font déjà remarquer du côté des recruteurs.

David* officie comme consultant NBA dans l’Hexagone. Son travail consiste à suivre les joueurs qui vont se présenter à la Draft (sélection des jeunes pour intégrer la NBA) et à rédiger des rapports à la franchise qui l’emploie. « Killian est un talent comme il y en a peu, admet‐il. Des joueurs comme Maledon (prodige de l’ASVEL) et Hayes, il y en a peut‐être un tous les 10 ans… Là, il y en a deux ! Aujourd’hui, il y a énormément de chances que ces deux joueurs soient draftés. »

L’agent de Killian Hayes, Yann Balikouzou, assure être en contact depuis 2017 avec plusieurs scouts ou consultants NBA intéressés par le profil de son joueur. Mais après avoir été approché par des équipes de High School (lycées américains) puis de NCAA (universités), Killian Hayes a finalement choisi d’intégrer un effectif professionnel à Cholet, à seulement 17 ans. « On s’est dit que ce serait plus simple s’il passait par cette route‐là en restant dans son club formateur », confie Yann Balikouzou.

Après un début de saison un peu compliqué (2 victoires en 12 matchs), le meneur a bénéficié de l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Erman Kunter, pas étranger à la famille Hayes : « Je connais Erman parce que c’était mon coach, raconte DeRon Hayes, le père du meneur. Je vois la façon dont il prend Killian de côté pour lui apprendre. Il ne lui laisse pas faire de bétises. Il est toujours agressif et j’aime ça parce que Killian a besoin que quelqu’un soit toujours au‐dessus de lui pour ne pas lâcher. »

Préparer ce moment sacré : la Draft

Dans un an, Killian Hayes sera dans l’année de ses 19 ans et donc éligible à la Draft 2020, un projet tout à fait viable et un moment clé dans le début de carrière d’un basketteur. Selon les observateurs, le Choletais est annoncé entre le dixième et le quinzième choix (sur 30). S’il fait effectivement partie de cette fourchette, il décrochera alors un contrat de deux ans de plusieurs millions de dollars (entre 2,3 et 3,6 millions de dollars selon les estimations des spécialistes sur sa place à la Draft, contre environ 50,000€ par an aujourd’hui à Cholet) et sera quasiment assuré de jouer en NBA.

Montants annuels de base des contrats des 30 premiers joueurs draftés en juin 2020 pour la saison 2020–2021**

**les équipes peuvent choisir de donner de 80% à 120% de ces montants à leurs joueurs draftés. Mais dans la très grande majorité des cas, les rookies (joueurs de première année NBA) en obtiennent 120%.

Source : https://basketball.realgm.com

Mais au‐delà de toute considération financière, la Draft revêt une portée symbolique. Paccelis Morlende est désormais retraité, mais il a participé à la Draft 2003 (celle de LeBron James), considérée comme l’une des meilleures de l’histoire, et a été choisi en 50ème position. « La Draft, ça représente l’accession à un rêve que tu as depuis gamin, avoue‐t‐il. C’est quelque chose de très angoissant mais une fois qu’on appelle ton nom, c’est juste une délivrance et une grande fierté. »

Erman Kunter est, quant à lui, plus sceptique. « C’est une année d’apprentissage pour Killian, l’année prochaine il devra avoir beaucoup plus d’impact que cette saison, assure‐t‐il. Physiquement, il faut être prêt à intégrer la NBA. Rodrigue Beaubois, par exemple, est parti très tôt pour moi (drafté par Oklahoma City à 21 ans, ndlr). A l’époque, je lui avais dit qu’il aurait dû attendre encore un an. Il a très bien commencé mais après il s’est blessé deux fois de suite. Il ne faut pas brûler les étapes, et attendre le plus tard possible vers 21 ou 22 ans. »

Problème ? Considéré comme « assez mature » par les observateurs et son entourage pour aller en NBA, Killian Hayes ne veut pas attendre. Aujourd’hui, un joueur ne peut se présenter qu’une seule fois à la Draft. Passée cette opportunité, les portes du meilleur championnat de la planète ne sont pas fermées à jamais, mais l’entrée principale est, elle, close.

« Ne pas se laisser griser par le folklore NBA »

« Killian ne doit avoir à penser qu’au terrain. » Yann Balikouzou l’affirme. En tant qu’agent, il s’occupe donc de tout le reste : représentation marketing, sponsoring, communication, presse, etc. Mais en ce qui concerne le Choletais, la situation est un peu particulière. « Killian, c’est différent de mes autres joueurs, je le connais depuis toujours. » Avant de s’occuper de son talentueux meneur, Yann était l’agent de DeRon, son père. « Mon travail, c’est vraiment de faire en sorte qu’il n’ait à penser qu’au terrain et pas à autre chose. » Car une fois engagé en NBA, la vie d’un jeune joueur change du tout au tout et plusieurs facteurs doivent être anticipés.

La Draft, pas une fin en soi

Paccelis Morlende (50ème choix de la Draft de 2003, aujourd’hui retraité) :

Avant d’être drafté, Paccelis a d’abord voyagé dans 16 franchises pour passer des tests (physiques, matchs, etc.) et tenter de se faire repérer par une équipe NBA. Il a notamment convaincu les Supersonics de Seattle, qui l’ont sélectionné. Pourtant, le meneur français n’a jamais foulé les parquets NBA. La raison ? « Il m’a manqué un genou », plaisante‐t‐il. « C’était pratiquement garanti que je signe un contrat, il y avait une place pour moi. Et malheureusement, pendant le deuxième ou troisième jour de la Summer League (une Ligue d’été d’entraînement, ndlr), je me suis fait une inflammation au genou et donc je n’ai pas pu finir la Ligue. C’est forcément un peu compliqué parce que, deux jours avant, tu es avec le General Manager (qui s’occupe des transactions concernant les joueurs, ndlr) et avec le coach, et on commence à évoquer le camp d’après Summer League avec l’équipe. Donc c’est sûr que c’est un peu frustrant, confesse le joueur. »

Pape Sy (53ème choix de la Draft 2010, aujourd’hui joueur au Cholet Basket) :

Un seul workout à Atlanta a suffi à Pape Sy pour être drafté. Des scouts des Hawks l’avaient repéré alors qu’il jouait au Havre en Pro A. « J’avais une promesse de draft par les Hawks », témoigne‐t‐il. Blessé au dos avant le début de la saison NBA, l’ancien Havrais a dû passer par la D‐League (aujourd’hui G‐League, championnat secondaire faisant office de succursale de la NBA) avant de réintégrer les Hawks et de disputer plusieurs matchs. Puis, en 2011, le lock‐out (grève patronale des propriétaires de franchises NBA) le coupe une deuxième fois dans son élan. « J’avais beaucoup de frustration à ce moment‐là. J’avais le sentiment de ne pas avoir pu m’exprimer la première année dès le départ à cause de ma blessure. Donc je tablais beaucoup sur cette deuxième année pour faire une saison complète, et ce lock‐out a marqué un coup d’arrêt. Ce n’était vraiment pas un bon timing pour moi. » Pape Sy a donc pris son mal en patience jusqu’en avril 2011 pour pouvoir jouer ses premières minutes sous un maillot NBA.

Selon Yann Balikouzou, « en NBA, les trois principales raisons de faillite sont les pensions alimentaires à payer, les divorces coûteux, et les mauvais investissements. » C’est pour cela que son protégé bénficie déjà d’un conseiller financier en France et d’un aux Etats‐Unis. Il lui faudra également trouver un chef cuisinier particulier une fois installé dans sa nouvelle vie. L’objectif ? Être uniquement concentré sur le basket, car la machine NBA peut rapidement faire tourner la tête lorsqu’on n’y est pas préparé.

« J’ai eu des propositions en tout genre, témoigne Paccelis Morlende. C’est un autre univers, tu es un produit pour pas mal de personnes. Tu gagnes 500€ un jour et en l’espace de deux semaines, tu gagnes un million. Aucun joueur n’est préparé à tout ça, donc il vaut mieux garder son socle familial que tu as depuis le départ et ne pas se laisser griser par tout le folklore qu’on va te présenter », met en garde l’ancien joueur de Pro A.

Pour le moment, Killian Hayes se concentre sur l’avenir de son équipe, Cholet, qui lutte toujours pour le maintien en Jeep Elite. Son objectif bien en tête, le temps n’est pas venu d’imaginer un quelconque échec à la Draft. « Je taffe dur, le plus possible, pour me préparer pour le meilleur niveau. Si je ne suis pas choisi, c’est à voir sur le moment. Je peux pas vraiment y réfléchir. Enfin, je n’ai pas vraiment de plan B donc je fonce et je ne pense qu’à mon objectif : la NBA. »

Pas de plan de secours donc mais en aura‐t‐il besoin ? Car, sauf blessure, tout porte à croire que le jeune Choletais pourrait bien porter la casquette de l’une des 30 prestigieuses franchises NBA en juin 2020.

*pour des raisons de confidentialité, David est un pseudonyme utilisé pour ce consultant car son contrat avec sa franchise NBA lui interdit de dévoiler sa véritable identité. Cet anonymat lui permet de suivre les joueurs qu’il repère sans se faire connaître.