L’industrie du lait veut reconquérir les Français

Les Français boivent de moins en moins de lait. Pour séduire à nouveau les consommateurs, l'industrie laitière mise sur la proximité, la sincérité et la transparence.

L’industrie du lait est dans la tourmente. En quinze ans, la consommation de lait liquide en France a baissé de 25 %, selon les derniers chiffres publiés mardi par Syndilait, le syndicat professionnel de la filière laitière. Son vice‐président, Emmanuel Vasseneix, a reconnu lors d’une conférence de presse que ces résultats étaient « inquiétants ». Il admet que le lait liquide, en brique ou en bouteille « n’est pas un marché très florissant ».

Baisse de 3,3% dans le secteur de la grande distribution

Ce phénomène s’explique par plusieurs raisons. La première : les Français n’ont plus de temps à accorder au petit‐déjeuner. D’après une récente étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), 30 % des enfants et 20 % des adultes ne prenaient pas de petit‐déjeuner tous les matins en 2015. Et même si des Français mangent toujours leur premier repas, le lait n’est plus l’invité principal sur la table. Certains, n’y voyant plus de bienfaits pour leur santé, ont arrêté de consommer cette boisson. D’autres ont tout bonnement perdu confiance dans la filière. Le récent scandale alimentaire du lait contaminé Lactalis est toujours dans les esprits. Pour sortir de cette crise, l’industrie du lait tente de regagner la confiance avec ses consommateurs.

Si les ventes de lait ont enregistré une baisse de 3,3 % dans le secteur de la grande distribution en 2018, la vente de lait bio a quant à elle augmenté de 19,4 %. Même si cela ne représente qu’environ 10 % des ventes en grandes surfaces, les industriels misent désormais sur la vente de ces « laits spéciaux ». Le lait de soja ou d’amande ou le lait bio sont des boissons de plus en plus appréciées par les consommateurs.

Des nouvelles marques équitables

En plus de consommer mieux, les Français veulent aussi aider les producteurs locaux et les payer au juste prix. En réponse à cela, les industriels misent maintenant sur la production et le conditionnement exclusivement français. Seul 3 % du lait liquide provient encore d’Allemagne et de Belgique.

Toujours dans une idée de reconquête, Emmanuel Vasseneix a souligné au micro d’Europe 1 qu’il était important de travailler sur les angles de « l’origine du produit et de l’aspect équitable. »  Pour cela, il a annoncé le développement de marques de lait équitable comme « C’est qui le patron ?! ». Lancée en 2016 dans le Vaucluse, elle a été créée par les consommateurs et a permis aux éleveurs et producteurs de la région d’être mieux rémunérés. Ou encore « FaireFrance », qui appartient à plus de 500 éleveurs repartis dans tout le pays. Le but ? Posséder leur propre marque afin d’en gérer la commercialisation et vivre correctement de leur métier.

La montée des idées « anti‐lait », du véganisme et la défense du bien‐être animal, sont autant de nouvelles perceptions qui ont desservi l’image de l’industrie du lait. Pour Éric Birlouez, sociologue de l’agriculture et de l’alimentation, cette suspicion contre les industries agroalimentaire et les inquiétudes du consommateur viennent du fait que « le système alimentaire est devenu une boîte noire : plus complexe, plus opaque avec plus d’intermédiaires », a‐t‐il répondu à l’AFP. Pour enlever cette étiquette, la filière mise sur la journée du lait, qui s’étend du 24 mai au 5 juin. Comme pour l’édition précédente, sept laiteries, situées dans la moitié nord de la France, seront ouvertes au public pour une visite pédagogique. « L’opération de transparence » est lancée.