San Francisco relance le débat sur la reconnaissance faciale

Le conseil municipal de la ville est le premier des Etats-Unis à s’être prononcé contre l’usage de cette technologie par la police et les agences gouvernementales.
L’interdiction de la reconnaissance faciale a presque fait l’unanimité. Sur les neuf membres du conseil des autorités de surveillance de la ville de San Francisco, huit l’ont soutenu.
La capitale de la Sillicon Valley, au coeur de la révolution technologique, devient donc pionnière dans la prévention de potentiels abus liés à cette technologie. « La propension à ce que la technologie de reconnaissance faciale mette en danger les droits civils et les libertés civiques contrebalance de manière importante ses soi‐disant bénéfices », précise le texte.
Une fois la mesure entrée en vigueur, d’ici un mois, les 53 arrondissements de la ville et leur police ne pourront plus utiliser cette technologie qui consiste à identifier des personnes spécifiques à partir de flux vidéo en direct, de séquences vidéo enregistrées ou de photos, en comparant souvent leurs caractéristiques.  Les services fédéraux ainsi que les entreprises et les personnes privées ne sont pas concernés par la mesure.
Identifier 97% des passagers en partance 
A San Francisco, l’usage de cette technologie avait déjà été stoppé par la police en 2017, à cause de nombreuses protestations. Mais dans le reste des Etats‐Unis et dans le monde, il est en plein boom. Déjà présent dans les rues, les parcs et les magasins, il a notamment permis d’identifier le suspect d’une fusillade dans le Maryland en juin dernier.
Mais l’exemple le plus important concerne les aéroports. Déjà mise en place dans quinze d’entre eux, la reconnaissance faciale devrait être déployée d’ici les quatre prochaines années afin d’identifier 97% des passagers en partance. L’ordonnance adoptée à San Francisco comprend d’ailleurs une exception pour les aéroports.
Dans ce contexte d’expansion de la reconnaissance faciale, cette première interdiction est un message fort selon Aaron Peskin, le superviseur de la ville qui a parrainé le projet de loi. « Nous avons la responsabilité de réglementer les excès technologiques, précisément parce que leur siège social est situé ici », a‐t‐il déclaré à The New York Times.
San Francisco pourrait, grâce à cette mesure, donner un élan à d’autres. C’est en en tout cas ce qu’espère Brad Smith, le directeur des affaires juridiques de Microsoft, qui appelait le gouvernement américain à légiférer sur la question en décembre dernier. Il réclamait notamment «  la mise en place de normes définissant un usage acceptable de la reconnaissance faciale. » Pour l’instant, c’est localement que les normes s’établissent. Des interdictions similaires sont à l’étude à Oakland et à Somerville, dans le Massachusetts.