The Big Bang Theory, la série qui a fait aimer les sciences

Douze ans après la diffusion du premier épisode, la sitcom américaine qui met en scène la vie du surdoué Sheldon Cooper et de ses colocataires doit prendre fin ce jeudi soir. Elle aura permis d’intéresser des millions de fans du monde entier aux théories scientifiques les plus obscures.

Saviez‐vous qu’on peut rendre phosphorescents des animaux génétiquement modifiés ? Que la distance de la Terre à la Lune est mesurée grâce à de gigantesques réflecteurs déposés sur le satellite dans les années 70 ? Ou encore que l’horloge atomique qui définit le standard horaire des Etats‐Unis se trouve à Boulder, dans le Colorado?

Les fans de The Big Bang Theory (TBBT), eux, le savent. La chaîne CBS s’apprête à diffuser le 279ème et ultime épisode de la série, qui booste ses audiences (plus de 12 millions de téléspectateurs en direct lors de la dernière saison) depuis 2007. Pendant douze ans, la sitcom s’est évertuée à vulgariser par le rire les hypothèses scientifiques les plus complexes… avec succès.

«J’ai jamais réussi à m’intéresser à tous ces trucs scientifiques, ni avec mon frère qui est prof de physique, ni avec des youtubeurs de vulgarisation. Mais avec TBBT, ça a marché de ouf !» s’enthousiasme Emeline. La jeune étudiante en journalisme n’a jamais eu d’appétence particulière pour les sciences, et pourtant, elle est désormais familière de la théorie des cordes -une équation complexe permettant d’expliquer la gravité quantique. Et c’est grâce à «TBBT». 

Pierre, dans sa critique de la série sur le site Allociné, constate : «Pour mesurer toutes les subtilités, il faut s’intéresser un minimum aux théories de la physique et de l’astronomie… (théorie des cordes, histoire des sciences, les grandes expériences, des notions en physique quantique…), et il faut avoir baigné dans la technologie (Internet, les consoles et les jeux vidéo notamment).»

«J’aime que la série ne prenne pas son public pour des imbéciles»

«J’aime la série parce qu’elle est drôle, détaille Emeline, mais parfois, il y a des choses qui me retournent le cerveau !» Elle se remémore un épisode dans lequel Amy (Kaley Cuoco), la copine du personnage principal Sheldon (Jim Parson), élabore une théorie selon laquelle les réflexes corporels sont plus rapides que la capacité du cerveau à prendre une décision. «Après l’épisode, j’ai regardé sur Internet, et il y avait vraiment des gens qui bossaient sur ça !» 

«Ce que j’aime, c’est que les personnes sont extraordinairement intelligents, mais que la série ne prend pas son public pour des imbéciles, renchérit Margaux, étudiante en sciences politiques. Le vocabulaire est souvent scientifique, et les discussions tournent souvent autour de thèses réelles, sans abaisser le niveau.» Elle a découvert la série à 15 ans, et assure que cette dernière a «clairement élargi» sa culture scientifique. «Par exemple, j’ai appris grâce à TBBT qu’une cinquième femme avait gagné un Nobel de Chimie en 2018.» Il s’agit de Frances Arnold qui apparaît dans un épisode du show en février dernier.

En plus de s’appuyer sur de véritables recherches, The Big Bang Theory n’a donc jamais hésité à inviter des scientifiques‐stars. Ainsi, le regretté Stephen Hawking, rendu célèbre par ses travaux sur la formation des trous noirs, est apparu dans sept épisodes du show entre 2012 et 2017. «C’est sans doute dans la série que je l’ai découvert», se rappelle Margaux. La série a directement contribué à changer l’image du «nerd scientifique» à la télévision. C’est en tout cas ce qu’expliquait Margaret Weitekamp, conservatrice du Smithsonian Air and Space Museum à Washington D.C., dans la revue Physics Today en 2017 : «Il est rare de voir des scientifiques dans une comédie, et pas dans un drame, à la télévision. […] Une partie de la popularité de The Big Bang Theory vient du fait qu’elle a été la bonne émission au bon moment, où l’acceptation sociale des geeks ou des nerds a évolué.»

Des théories parfois trop simplifiées

Attention, toutefois : The Big Bang Theory, même armée des meilleurs intentions, ne vaut pas un bon manuel de physique. Ainsi, certaines des hypothèses scientifiques développées dans la série sont sur‐simplifiées, ou sont sujettes à polémique. Dans la saison 22, l’un des personnages principaux adapte l’équation de Drake, supposée calculer le nombre de planètes abritant potentiellement une civilisation extraterrestre, afin de calculer ses chances de séduire une femme. Problème : l’équation de Drake est extrêmement contestée au sein de la communauté scientifique, car beaucoup de ses données sont très difficiles à calculer. Bref : mieux vaut aller vérifier les connaissances scientifiques dispensées par la série.

De fait, The Big Bang Theory ne fait pas consensus auprès de la communauté scientifique. Cela n’a toutefois pas empêché la série de trouver son public. Elle laisse derrière elle une armée de fans, et a su fédérer 4,6 millions de suiveurs sur Twitter, 2,6 millions d’abonnés Instagram et 30 millions de fans sur Facebook. Et un générique inoubliable : «It all started with the Big Bang ! It all started with the Big Bang ! »…