Jean‐Pierre Farandou à la tête de la SNCF : les syndicats jugeront “sur les actes”

Jean-Pierre Farandou a pris ce matin la direction de l'entreprise ferroviaire, 38 ans après y avoir fait ses premiers pas. La plupart des syndicats veulent laisser leur PDG faire ses preuves. Mais Sud-Rail se montre déjà insatisfaite.

Pas franchement méfiants mais sur leurs gardes. Quelques heures après la nomination de Jean‐Pierre Farandou à la tête du groupe, les syndicats principaux au sein de la SNCF refusent d’accorder une confiance aveugle à leur nouveau patron.  « Nous jugerons sur les actes ! », indique grassement le communiqué de la CGT‐Cheminots, publié dans la foulée de cette nomination.

« Ce qui compte ce n’est pas sa personnalité ou son parcours, prévient le syndicat, mais plutôt ses actes, les orientations qu’ils donne à l’entreprise et la manière dont il traite les revendications des cheminots. » L’ancien chef de gare de Rodez devra traiter les dossiers chauds qui guettent l’entreprise vieille de 83 ans et lourde de 33 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Nouveau pacte social, réforme des retraites, ouverture à la concurrence, état du réseau ferré… « Il devra gérer ces défis en simultané et nous allons voir comme il s’y prend et quels sont ses résultats », confie Rémi Aufrère‐Privel, secrétaire général adjoint de la CFDT‐Cheminots.

Succédant aux plus de dix ans de direction de Guillaume Pepy, l’arrivée de Jean‐Pierre Farandou et ses premières décisions promettent d’être scrutées par les organisations syndicales. Désormais à la tête de 270 000 salariés sans avoir officiellement fait campagne, ce Bordelais de 62 ans s’empare de la position la plus élevée de l’entreprise qu’il a rejointe en 1981 en tant que cheminot, une expérience plutôt appréciée.

Une carrière de 38 ans à la SNCF qui divise les syndicats

Après avoir commencé en 1981 en tant que chef de gare à Rodez, Jean‐Pierre Farandou a été chef du projet de TGV entre Lille et Paris ou encore fondateur du Thalys… Depuis 2012, il était le numéro un de Keolis, la filiale de transport public urbain de la SNCF. Autrement dit : la SNCF est la seule entreprise à apparaître sur son CV.

Cette longue carrière dans l’entreprise rassure Rémi Aufrère‐Privel de la CFDT‐Cheminots. « Jean‐Pierre Farandou est un expert et connaisseur du transport urbain et ferroviaire, il a une connaissance sociale de la branche et pour nous c’est un atout », concède‐t‐il. 

Même son de cloche du côté de l’UNSA ferroviaire, dont le conseil Roger Dillenseger s’exprimait jeudi matin sur France Inter. « Nous sommes en train de reconstruire un groupe public ferroviaire unifié avec cinq sociétés anonymes et nous avons un cadre social à redéfinir… Nous avons besoin d’un cheminot qui maîtrise le sujet et je pense que Jean‐Pierre Farandou a tout à fait l’étoffe pour mener cette affaire »,  veut‐il croire.

De son côté, le deuxième syndicat de la SNCF, Sud‐Rail,  garde à l’esprit le récent passé du nouveau PDG à la tête de Keolis. « Filialisation à marche forcée, hausse de la productivité… Ce sont des mesures que nous n’avons pas envie de voir dans le ferroviaire public », a prévenu sur France Inter, Xavier Brégail, conducteur de RER en région parisienne et militant Sud‐Rail. Jean‐Pierre Farandou est prévenu : la carte du sérail ne fera pas tout.