Federer et les JO : je t’aime, moi non plus

De la promesse de Sydney au forfait de Rio, en passant par ses deux médailles à Pékin et Londres, retour sur les précédentes expériences olympiques du champion Suisse.

Alors qu’il avait laissé planer le doute ces derniers mois, Roger Federer a annoncé lundi qu’il participerait aux Jeux olympiques qui se tiendront l’été prochain à Tokyo, en marge d’une exhibition organisée par son équipementier dans la capitale nippone. Pour sa cinquième olympiade, il tentera d’y décrocher enfin la médaille d’or en simple, à 39 ans. Retour sur l’histoire mouvementée du champion Suisse et des Jeux. 

Sydney 2000 : coup de foudre 

Pour sa première participation, le jeune Federer, 19 ans, épate le monde du tennis. Le Suisse a fait son entrée dans le Top 40 au classement ATP, mais n’a pas encore remporté le moindre titre sur le circuit. En Australie, il hérite d’un tableau favorable et se hisse dans le dernier carré. Il n’est plus qu’à une victoire d’une médaille olympique. Mais l’Allemand Tommy Haas a raison de sa fougue en demi‐finales (6–3 6–2), puis il est défait par le Français Arnaud Di Pasquale dans le match pour la médaille de bronze, dans une rencontre très disputé (6–7 7–6 6–3). Une défaite au goût amer mais en forme de promesse : « Je n’aurais jamais du perdre ce match. Maintenant je n’ai rien d’autre à ramener dans mon pays que ma fierté ». Federer n’a alors pas idée que cette Olympiade restera surtout gravée à jamais comme le cadre de sa rencontre, au village olympique, avec sa femme, la joueuse de tennis Suisse Mirka Vavrinec, qu’il embrasse pour la première fois le soir de la cérémonie de clôture. 

Aux Jeux de Sydney, le jeune Federer, 19 ans, se révèle aux yeux du monde.

Athènes 2004 : rendez‐vous manqué 

Federer arrive dans la capitale de l’Olympisme auréolé d’un nouveau statut de numéro 1 mondial, obtenu en février. Il est également porte drapeau de la Suisse, un honneur qu’il mesure à sa juste valeur. Après avoir tardé à confirmer les promesses de Sydney, il a enfin ouvert son compteur en Grand Chelem à Wimbledon en 2003. Vainqueur de l’Open d’Australie et de Wimbledon en cette année 2004, il fait figure de grand favori. Mais, à la surprise générale, le Suisse chute dès le deuxième tour face au Tchèque de 18 ans Tomas Berdych, alors 74e mondial et inconnu du public (6–4 5–7 5–7). Un revers qui compte parmi les plus grandes désillusions de sa carrière : « C’était là ma plus grande chance de gagner le titre olympique, j’ai gagné trois Grand Chelem cette année là, je jouais super bien avant et après les JO », avouera‐t‐il plus tard à la BBC. 

Federer est passé à côté de ses Jeux à Athènes en 2004.

Pékin 2008 : une de perdue, une de retrouvée 

De nouveau porte‐drapeau, Federer fête ses 27 ans le jour de la cérémonie d’ouverture, le 8 août : « Il s’agit de l’un des plus cadeaux d’anniversaire que je puisse espérer. C’est un véritable honneur d’emmener les athlètes suisses dans le stade olympique. J’ai eu le privilège de vivre de beaux moments et les Jeux font et feront toujours partie des meilleurs ». Sportivement, quatre ans après l’échec d’Athènes, Federer aborde les l’olympiade chinoise dans une passe difficile. Sa place de numéro 1 mondial ne tient plus qu’à un fil. Il vient de subir deux revers marquants contre son grand rival Rafael Nadal. À Roland‐Garros, d’abord, où il subit une véritable correction en finale (6–1 6–3 6–0 en 1h48). Puis un mois plus tard, dans un match d’anthologie, 9–7 au 5e set à Wimbledon, où il était invaincu depuis 6 ans. À Pékin, le natif de Bâle est éliminé en deux sets dès les quarts de finale par l’Américain James Blake, qui ne l’avait jamais battu (6–4, 7–6). Mais il se rattrape magnifiquement en double, dans une discipline où on ne l’attendait pas. Avec son compatriote Stan Wawrinka, il décroche la médaille d’or. Ils s’imposent face à la paire Suédoise Aspelin/Johansson, après avoir triomphé des numéros 1 mondiaux et grands favoris en demi‐finale, les frères Américains Bryan. Sur la balle de match, Federer bondit de joie et enlace Wawrinka au sol. « C’est un moment très fort dans ma carrière. C’est quelque chose qui restera pendant très longtemps » s’enthousiasme Federer.  Ils sont accueillis en héros à leur retour à Zurich.

Federer et Wawrinka reçoivent la médaille d’or du double aux Jeux de Pékin en 2008.

Londres 2012 : si près, si loin

Dans sa quête d’une médaille en simple, Federer a coché depuis longtemps les Jeux londonien, dont le tournoi de tennis se déroule dans le jardin de Wimbledon. Federer vient justement d’y remporter un 17e titre du Grand Chelem un mois plus tôt en battant le local Andy Murray. Federer trace sa route jusqu’aux demi‐finales où se dresse l’Argentin Juan‐Martin Del Potro. Dans un match légendaire, le Suisse l’emporte au bout du suspens, 19–17 au 3e set, dans le plus long match de l’histoire olympique. « Je suis heureux. Je l’ai enfin, cette première médaille en simple » déclare‐t‐il, très ému. En finale, il retrouve Andy Murray. Loin du choc attendu, Federer est écrasé en trois sets (6–2, 6–1, 6–4) par l’Écossais dans un match un sens unique. Visiblement émoussé par la longueur de la demi‐finale, disputée la veille, le Suisse, 32 ans, doit se contenter de la médaille d’argent : « Je suis très fier d’avoir obtenu l’argent. Forcément, dans un sens, je suis très déçu de ne pas avoir eu l’or, après être passé aussi près ». Et se projette 4 ans plus tard : « J’aimerais vraiment gagner cette médaille d’or, mais je l’ai déjà obtenu en double à Pékin, j’en suis très fier. J’espère pouvoir jouer à Rio parce que le Brésil est un pays fascinant, la ville aussi d’après ce qu’on m’en a dit. Si je peux y être pour les Jeux ce serait super. J’aurai 35 ans. Ce serait une belle expérience…»

Sur le podium, Federer salue Andy Murray, son vainqueur en finale des JO de Londres.

Rio 2016 : rupture 

Après avoir remporté la Coupe Davis avec la Suisse face à la France en 2014, la médaille d’or en simple est le dernier grand titre qui manque au palmarès de Federer. Les Jeux de Rio font alors figure d’ultime défi pour lui, de nombreux analystes le voyant y terminer sa carrière, à 35 ans. Mais, au lendemain de son élimination en demi‐finale de l’Open d’Australie 2016, le Suisse se blesse gravement au ménisque du genou droit et doit subir une opération, la première de sa carrière. S’il est de retour dès le début de la saison sur terre battue, il peine à retrouver ses sensations, et déclare forfait à Roland‐Garros. À Wimbledon, il combat la douleur et se hisse jusqu’en demi‐finale. Opposé à Milos Raonic, il chute sur une montée à la volée dans le 5e set, puis s’incline. Fin juillet, il annonce son forfait pour les Jeux de Rio et pour le reste de la saison 2016, pour soigner son genou. Au vu de son âge et de la persistance de sa blessure, beaucoup pensent alors qu’on ne reverra jamais Federer aux Jeux Olympiques. C’était sans compter sur sa résilience exceptionnelle et sa passion sans limite pour son sport. 

Federer, au sol en demi‐finale de Wimbledon en 2016, après une chute qui aggravera sa blessure au genou droit et le privera des Jeux de Rio.