Catalogne : l’indépendance revient en trombe

La condamnation lundi de neuf leaders indépendantistes catalans a suscité un regain de tensions dans cette région, que Madrid surveille comme le lait sur le feu.

« Liberté pour les prisonniers politiques » pouvait‐on lire lundi sur les pancartes des manifestants dans les rues de Barcelone. Ces prisonniers politiques, ce sont les douze leader indépendantistes, condamnés lundi par la Cour Suprême Espagnole, pour « sédition » après avoir organisé le référendum d’indépendance le 1er octobre 2017. Trois d’entre-eux devront payer une amende de 60.000€. Pour les neuf autres, la prison les attend. De 9 à 13 ans de prison prononcés contre Oriol Junqueras, l’ancien vice‐président du gouvernement catalan et ses anciens ministres. Bien que ce verdict soit en‐deçà des peines réclamées par le parquet, il n’a pas tardé à mettre le feu eux poudres dans cette région sous tension depuis plus de trois ans alors que des élections législatives doivent se tenir le 10 novembre en Espagne. 

Autoroutes et aéroports bloqués, 110 vols annulés, des milliers de manifestants dans la rue, des renforts policiers envoyés sur place par le gouvernement espagnol… Les pro‐indépendances avaient cochés cette date du 14 octobre et avaient préparé leur mobilisation sur les réseaux sociaux sous le mot clé #TsunamiDémocratic. Ce lundi soir, la capitale catalane avait des allures du Barcelone de 2017, habitué des manifestations à la fois pro et anti‐indépendance. 

Prisonniers politiques

On rembobine de deux ans, justement. Le 1er octobre 2017, les indépendantistes catalans installent des urnes dans des écoles de la région, et appellent les catalans à se déplacer pour se prononcer sur la question « Voulez‐vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une République ? ». Même si seulement 43% des catalans se déplacent, 90% d’entre-eux votent « oui ». Ce scrutin, déclaré illégal par la Cour constitutionnelle espagnole, est pourtant réprimé par la police envoyée confisquer les urnes. Des images qui feront le tour du monde, servant la cause des indépendantistes. 

Le 1er octobre 2017, la police espagnole poussait la population hors des bureaux de votes

A la suite de ce résultats historique, Carles Puigdemont déclare unilatéralement l’indépendance du pays catalan, puis la suspend immédiatement sous la pression de Madrid. Le gouvernement de Mariano Rajoy (PP, droite) place la région sous tutelle. Les leaders du mouvement indépendantiste sont poursuivis. Carles Puigdemont s’exile en Belgique. Neuf autres sont incarcérés. De nombreuses voix s’élèvent face à ces arrestations. L’Espagne est accusée de faire des prisonniers politiques. 

Nouveau premier ministre, même problème 

Depuis le référendum, l’eau a coulé sous les ponts. Mariano Rajoy le premier ministre de l’époque a été renversé en juin 2018 par Pedro Sanchez (PSOE, gauche), qui lui a succédé. Dès sa prise de fonction, Pedro Sanchez s’attaque à la question catalane qui cristallise les tensions dans ce pays en difficulté depuis la crise de 2008. Il commence par lever la mise sous tutelle des comptes publics de la région, instaurée par le précédent gouvernement. Les relations s’apaisent avec les catalans et les discussions reprennent. Mais les deux partis n’ont pas la même vision. Les velléités d’indépendance restent importantes côté catalan. Au gouvernement, on préfère proposer un référendum pour réformer le statut d’autonomie de la région. Une option repoussée par Quim Torra,  successeur de Puigdemont au poste de président de la Catalogne et séparatiste convaincu. 

La condamnation des leaders séparatistes était l’occasion parfaite de refaire parler de la cause des indépendantistes. Mardi, les catalans ont poursuivi la contestation dans les rues de Barcelone. Le siège de l’aéroport s’est poursuivi, tout comme le blocage de l’autoroute vers la France. Ils prévoient également une grève générale vendredi, comme point d’orgue de la contestation de la semaine.