Comprendre le conflit commercial entre Boeing et Airbus en 5 minutes

L’OMC a tranché mardi une partie du litige qui oppose l'UE à Washington concernant les conditions d'attribution des subventions à leurs champions aéronautiques respectifs. Les Etats-Unis remportent cette manche mais le match est loin d'être plié.

Coup de tonnerre dans le ciel bruxellois : l’Organisation Mondiale du Commerce vient de donner son feu vert aux sanctions américaines de 7,5 milliards de dollars contre l’Union européenne (UE), dans le cadre de l’interminable litige commercial entre Airbus et Boeing. Une situation tellement inédite, qui décontenance même les experts les plus aguerris.

Une querelle vieille de 1992

En 1992, alors que l’Union européenne prend sa forme actuelle, les dirigeants européens et américains décident de conclure un accord sur les subventions adressées à l’aéronautique civile. A cette époque, le secteur est en plein boom. D’un côté, le géant américain, Boeing, face à lui, le monstre européen, Airbus. Pour s’assurer une concurrence loyale et juste, Américains et Européens établissent que les États ne pourront dorénavant plus aussi simplement subventionner les deux constructeurs aériens. Seules des avances remboursables sont autorisées, dans une certaine limite, pour soutenir les programmes de recherche et développement. Il s’agit d’empêcher les entreprises de recevoir des dons qui doperaient leur croissance de la part des pouvoirs publics.

2004 : Secousses et turbulences, l’OMC saisie

Au printemps 2004, le PDG de Boeing de l’époque, Harry Stonecipher, s’insurge publiquement des subventions et dons attribués « injustement » à Airbus. Illustration de la tension qui monte entre les deux partis, l’ancien Président George W. Bush, avait déjà de son côté menacé de saisir l’institution internationale.

L’Union européenne conteste ces déclarations et riposte vivement. Dans un rapport datant d’octobre 2004, la Commission européenne affirme que Boeing aurait touché un milliard de dollars de « subventions illégales » de la part de l’État américain entre 2000 et 2003. La réaction des Américains ne se fait pas attendre, et prend la forme d’une plainte devant l’OMC. L’Union européenne contrattaque et porte plainte à son tour contre les « subventions massives » octroyées à Boeing.

2019 : Et maintenant ?

Après quinze ans de négociations et de délibérations, l’OMC a tranché pour ce qui est de la plainte américaine. Les États‐Unis sont autorisés à taxer pour 7,5 milliards de dollars de biens en provenance d’Europe. Les frais de douane, faisant office de réparation, concernent de nombreux produits locaux et protégés, tels que le vin français, la mozzarella di buffala, l’huile d’olive mais surtout les avions, à hauteur de 10%.

Cette décision est une première dans les relations entre les deux puissances commerciales. Les États‐Unis et le vieux continent « comptent parmi les premiers partenaires mondiaux et des sanctions auraient un véritable impact sur l’économie mondiale », rappelle Fabian Delcros qui a longtemps négocié auprès de l’OMC pour la Commission européenne. Cependant, l’expert ne saurait se prononcer sur le futur du commerce entre les deux puissances. Le Président américain Donald Trump, qui n’a pas encore commenté la décision de l’OMC, est d’ores et déjà invité par l’Union européenne à s’assoir à la table des négociations dans la perspective de trouver un accord à l’amiable.

Si le rapport de force dans cette discussion vient indubitablement de basculer en faveur des Etats‐Unis, ça pourrait ne pas durer : dans quelques mois, match retour, avec la décision de l’OMC concernant… la plainte européenne.