Face au silence des autorités, les pompiers ripostent par le bruit

Dans le chaos des fumigènes et la cacophonie des pétards, plusieurs milliers de sapeur-pompiers professionnels ont manifesté dans le vacarme mardi après-midi à Paris, pour dénoncer les risques de leur métier.

Les pétards fusent, les sirènes hurlent. Le bruit, insupportable, assaille les oreilles des passants et des manifestants. Il n’est même pas 14 heures et la place de la République déborde déjà de pompiers en uniformes. Ils sont plusieurs milliers, venus de toutes les casernes de France, pour faire entendre les risques croissants de leur profession. Les uns patientent, une bière à la main, d’autres étourdis, accourent à la pharmacie du coin acheter des boules kies. « Tenez, 3 € 99 ! ». Un vendeur s’est positionné à l’entrée du magasin et vend les précieuses protections comme des petits pains. « On n’a jamais autant vendu de boules kies ! » , s’exclame sa collègue, amusée.

Vincent Douvenoult, président du syndicat CFTC Orne distribue quant à lui des masques à ses effectifs. « On veut se faire entendre, montrer les conditions dans lesquelles on travaille », explique‐t‐il. D’où le feu d’artifice de pétards et le nuage croissant de fumigènes. « C’est ce qu’on respire au quotidien ! Et on n’a pas de protections ni de prime de risque, contrairement aux policiers », s’insurge-t-il.  Désignant son polo marine, le gradé lance, à propos de l’augmentation du nombre d’agressions : « on n’a pas de gilet pare balles, juste ça pour nous protéger ! » . 

Les sapeurs‐pompiers manifestent dans la “bonne humeur”.

Ils sont venus de toute la France pour manifester à Paris, périmètre de leurs homologues militaires de la BSPP, qui, eux, ne battent pas le pavé.  « Deux convois » chapeautés par le chef de caserne syndicalisé sont venus expressément des départements d’Orne et de Sarthe. Ces sapeurs‐pompiers, tous professionnels, sont en grève depuis juin. Ils dénoncent « la dangerosité de [leur] métier et [leurs] conditions de travail de plus en plus dégradées », et demandent des effectifs et des moyens. Face au silence des autorités, ils ripostent par le bruit. 

En dépit du vacarme et brouillard ambiant, l’ambiance est joviale. Des drapeaux bretons, basques et occitans flottent au dessus des bannières syndicales. Les sapeurs‐pompiers armés de casques anti‐bruit ou de boules kies s’altèrent, au fil de la marche, dans les bars du boulevard. Les passants, les mains pressées sur leurs oreilles sont accompagnés hors du tumulte de l’attroupement. En retrait, Vanille, vendeuse à la boutique Orange qui donne sur la place observe la scène. « Cela fait longtemps qu’on n’avait pas vu autant de monde ici. Ils ont réussi à se réunir dans la bonne humeur et c’est génial ! », se réjoui la jeune femme. « Je pense que leur travail n’est pas reconnu à sa hauteur », regrette‐t‐elle. 

Une convergence des luttes 

« Pompiers, on vous aime ! ». Les pancartes et banderoles de soutien aux pompiers accompagnent les 5000 à 10000 pompiers comptabilisés par les syndicats. Gilets jaunes, infirmiers et soignants expriment leur soutien aux sapeurs‐pompiers. « Nous avons le même combat », explique Julie. Cette infirmière est venue avec ses collègues des urgences de Mantes‐la‐Jolie (Yvelines). Sa blouse blanche est griffonnée de slogans dénonçant les manques de moyens dont souffre l’ensemble de la chaîne d’hospitalière. Blouses blanches, combinaisons unifugées ou gilets jaunes, ont manifesté côte à côte pour faire encore plus de bruit. 

Les personnels soignants marchent aux côtés de leurs collègues pompiers.