Crédits : Ivan McClellan

Pourquoi les indépendantistes catalans font‐ils de nouveau parler d’eux ?

La justice espagnole a condamné ce lundi neuf séparatistes catalans à des peines de prison ferme allant de 9 à 13 ans, pour leur tentative de sécession en 2017. Cette condamnation sévère risque d’embraser à nouveau la Catalogne, à un mois des élections législatives. 

Leur rêve d’indépendance a été mis sous les barreaux. Lundi 14 octobre, la Cour suprême espagnole a condamné neuf des responsables politiques catalans à de lourdes peines de prison pour « sédition » et « malversation de fonds ». Les prévenus encourraient jusqu’à 25 ans de prison, pour avoir organisé le 1er octobre 2017 un référendum d’autodétermination, lequel avait été interdit par le pouvoir central espagnol. La justice espagnole a également émis un nouveau mandat d’arrêt international à l’encontre de l’ancien président régional catalan, Carles Puigdemont, exilé depuis deux ans en Belgique. 

Procès historique 

Douze dirigeants catalans étaient jugés par la Cour Suprême pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017. Leur procès, historique, a été suivi en direct depuis Barcelone. Qualifié de « politique » par les avocats des prévenus, il a été marqué par l’absence du principal responsable : l’ex-président catalan Carles Puigdemont. Ce dernier avait fui l’Espagne fin octobre 2017 pour échapper à des poursuites judiciaires. En son absence, son vice‐président de l’époque, Oriol Junqueras était devenu le principal prévenu et était passible de 25 ans de réclusion pour « rébellion ». Il écope finalement de 13 ans de prison ferme, la justice espagnole ayant décidé de ne l’inculper, avec ses co‐prévenus, que pour « sédition et détournement de fonds publics ». « Une barbarie », selon Carlos Puigdemont, qui s’est offusqué du verdict sur Twitter.

Le jugement a été également accompagné de l’émission d’un nouveau mandat international à son encontre. Le parquet espagnol avait dû retirer le précédent en juillet 2018, après une décision de la justice allemande qui avait décidé de n’autoriser l’extradition de M. Puigdemont vers l’Espagne que pour le délit de « détournement de fonds publics » et non pas pour « rébellion ».

Une crise indépendantiste sans précédent 

Les dirigeants séparatistes catalans ont été condamnés pour avoir organisé, le 1er octobre 2017 un référendum d’autodétermination unilatéral, en dépit de l’interdiction du pouvoir central espagnol. Le scrutin controversé et illégal avait été financé par des fonds publics. L’indépendance de la Catalogne avait été votée, selon les autorités catalanes, avec 90% des voix. Le parlement catalan avait proclamé, le 27 octobre l’indépendance. La région, habitée par 7,5 millions de personnes est l’un des moteurs économiques du pays. S’en était suivi des manifestations et des affrontements violents entre forces de l’ordre espagnoles et citoyens catalans, qui avaient fait une centaine de blessés.  Cette tentative de sécession avait été la pire crise politique connue par l’Espagne depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.  Elle s’était soldée, fin octobre par l’arrestation des responsables politiques.

Risque d’un embrasement, à un mois des élections législatives 

En réaction à cette condamnation, l’Assemblée nationale et Omnium cultural, deux des principales associations séparatistes ont appelé à la mobilisation de la population et à la désobéissance civile. Le chef du gouvernement socialiste espagnol, Pedro Sanchez, a lui manifesté, ce lundi, sa volonté d’une « nouvelle étape » de « dialogue » en Catalogne. À Barcelone, capitale de la région indépendantiste, des manifestations se sont ainsi tenues toute la journée. Un appel à la grève générale a été lancé et de nombreux manifestants se sont rassemblés à l’aéroport de Barcelone pour  réaliser un blocage. Alors que les élections législatives sont prévues dans un mois, cette décision pourrait conduire à un nouvel embrasement de la région.