Attaque des policiers à Viry‐Châtillon : le procès s’est ouvert sous tension

Symbole des violences contre les policiers, le procès des treize jeunes accusés de tentative de meurtre sur quatre policiers en 2016 s’est ouvert mardi à Évry, dans une ambiance pesante.

 

« Merci aux personnes non‐autorisées de quitter la salle d’audience », indique d’un ton ferme le président de la cour d’Assises des mineurs d’Évry devant une salle comble. Les treize prévenus — dix dans le boxe vitré et trois comparaissant libres — font profil bas pendant que la salle se vide.  Le procès de ces jeunes, âgés de 19 à 24 ans, accusés d’avoir agressé quatre policiers en jetant des cocktails Molotov dans leurs véhicules à Viry‐Châtillon (Essonne) en 2016, s’est ouvert à huis clos mardi matin. Les membres de la bande de la “S” étaient, pour la plupart, mineurs au moment de ces faits qui ont lourdement traumatisé le corps policier.  

Retour au samedi 8 octobre 2016. Stationnés à l’entrée du quartier de la Grande Borne afin de protéger une caméra de surveillance régulièrement dégradée, quatre policiers sont soudainement pris dans un guet‐apens. Après avoir brisé les vitres du premier véhicule, les assaillants y jettent des produits incandescents, qui causent de très graves brûlures aux agents. Les policiers à bord du second véhicule essuient des coups et sont également les cibles de cocktails Molotov.

« Un climat particulier »

Au procès, les policiers sont en grand nombre. Afin d’éviter tout débordement, un dispositif de sécurité exceptionnel a été mis en place. Dans la salle des pas perdus, deux portiques de détection sont installés et de nombreux panneaux blanc opaques assurent l’intimité des protagonistes de l’affaire. Huit cars de CRS sont stationnés aux abords du tribunal de Grande Instance d’Évry et son parking est fermé. 

L’audience qui se déroule dans « un climat particulier », concerne également une « banlieue particulière », selon Antoine Vey, le conseil des jeunes accusés. Elle oppose une défense qui plaide pour le partage de responsabilité à une accusation qui exige des peines à la hauteur des actes commis. 

L’instruction a piétiné ces dernières années, butant sur la loi du silence dans le quartier malgré les auditions de plus de 900 témoins. Une omerta alimentée par au moins deux violents actes de représailles. “Il n’a été établi aucune pression directe entre des accusés et d’éventuels témoins » observe pourtant leur avocat Antoine Vey. Et le conseil de rappeler que « l’essentiel des accusés, voire tous, ont un casier vierge” et d’évoquer des « témoignages très contradictoires et superficiels, dont certains ne vont pas permettre d’établir une culpabilité » . La plupart ne reconnaissent effectivement pas les faits. Un véritable « débat technique et judiciaire » devra avoir lieu durant ces deux mois selon le conseil des jeunes accusés. 

Des policiers qui en attendent beaucoup

Le corps policier place beaucoup d’espoir dans ce procès. « On attend que chacun puisse s’exprimer véritablement, reconnaisse la responsabilité qu’il a eu, et qu’il y ait les sanctions les plus appropriées » assène Claude Carillo, secrétaire départemental du syndicat de police « Alliance » en Essonne. Pour lui, il n’y a pas d’ambiguïté quant à la tentative d’homicide. 

Un procès qui aura valeur d’exemple, espère d’ailleurs Claude Carillo, qui dénonce les violences « récurrentes » que subie la police en Essonne depuis des années. Le visage marqué, il rappelle que ses collègues ont essuyé samedi dernier des tirs de mortiers et de cocktails Molotov et pointe du doigt des moyens alloués aux gardiens de la paix insuffisants. « Mes quatre collègues qui se sont fait attaquer en 2016 n’avaient pas d’équipement convenable, pas de tenue anti‐feu » déplore t‐il. 

Le procès s’achèvera le 6 décembre, les accusés encourent la perpétuité. 

 

Armelle Exposito et Yassine Bnou Marzouk