Condamnés, les “décrocheurs” de portraits de Macron restent motivés

Après avoir décroché plusieurs portraits du président français à Paris, huit militants écologistes ont été condamné mercredi à une amende de 500 euros chacun. Malgré les risques encourus, ils assurent vouloir continuer leur combat.

« C’est scandaleux qu’on soit condamnés à 500 euros d’amende alors que le portrait vaut 9,90 », s’indigne Pauline Boyer, une “décrocheuse” de 36 ans aux yeux bleus perçants. En février 2019, elle et sept autres militants écologistes avaient dérobé des portraits du président Emmanuel Macron, dans les mairies des IIIe, IVe et Ve arrondissements de Paris. 

Cécile, Emma et Pauline, au tribunal de Paris (XVIIe), après la lecture de leur jugement, mercredi 16 octobre.

Condamnés ce mercredi au tribunal de Paris pour « vol en réunion », les militants écopent de la peine la plus sévère prononcée à ce jour contre ces actions de “désobéissance civile”. 

« On est déçus, » se désole Emma Chevallier, “décrocheuse” de 31 ans, à la sortie de la salle d’audience. “L’état de nécessité”, qui permet d’écarter la responsabilité pénale « face à un danger actuel et imminent », n’a pas été retenu par la juge unique. En septembre, le tribunal de Lyon avait pourtant reconnu la légitimité de l’action et relaxé les prévenus. 

« J’ai décidé de faire ça parce que je ne peux pas rester inactive face au réchauffement climatique », s’exclame Pauline. « C’est la plus grande menace pour l’espèce humaine, on encourt une extinction de masse. » Sa mère, venue pour la soutenir, confie : « Il y a quatre ans, Pauline a complètement changé de vie. Elle a démissionné de son travail et a été embauchée (par l’association ANV‐COP21, à l’origine de cette vague de décrochage, ndlr). » 

Une répression intimidante

Pour des activistes au casier judiciaire vierge, la confrontation avec la justice est une expérience marquante. « Ce n’est pas une partie de plaisir, » souffle Étienne, un des jeunes condamnés, qui a travaillé dans l’humanitaire avant de se consacrer à la lutte écologique. 

Alexandre Faro, avocat des « décrocheurs » et défenseur de militants écologistes depuis 25 ans, estime toutefois que les autorités judiciaires « ne peuvent pas leur botter le cul comme cela a été le cas avec les gilets jaunes. Politiquement, ça ne passe pas. » 

Etienne, Emma, Cécile, Pauline, Félix, Thomas, au Tribunal de Grande Instance de Paris, mercredi matin.

Signe que l’État ne badine pas avec la « désobéissance civile », le Bureau de la lutte antiterroriste (BLAT) a été saisi dans ce dossier. Depuis le début du mouvement “Décrochons Macron”, 74 perquisitions ont été menées et 94 personnes placées en garde à vue. Lors de leurs détentions, la police a prélevé l’ADN des militants « hors de tout cadre légal », s’offusque Alexandre Faro. « C’est scandaleux ! »

Unis dans la désobéissance

Les militants puisent leurs forces dans celles du collectif. À la fin de l’audience, les “décrocheurs” se faufilent par une porte du tribunal. Ils veulent préparer ensemble leurs interventions, avant d’aller affronter les médias, qui les attendent à l’entrée principale.

La stratégie de “désobéissance civile” unit les écologistes condamnés. « C’est un outil démocratique comme un autre, il est tout aussi légitime que signer des pétitions, faire des marches… sauf que ceux‐là on les utilise depuis 40 ans et ils n’ont toujours pas abouti », s’insurge Étienne.

« Là, les tribunaux sont confrontés à un truc nouveau qui les emmerdent un peu : la désobéissance pacifique. Ils comprennent qu’il y en aura de plus en plus, et s’ils ne l’ont pas compris, avec Extinction‐Rébellion (un autre mouvement écologiste, ndlr) ils vont le comprendre », s’amuse l’avocat Alexandre Faro.

Malgré les condamnations, les militants assurent qu’ils poursuivront leur action. « Bien sûr que l’on va continuer à alerter sur le dérèglement climatique et l’inaction du gouvernement », promet Félix, étudiant à Sciences Po Paris de 23 ans. La voix calme, mais visiblement stressé par sa récente condamnation, le jeune homme assure être prêt à « redécrocher des portraits », s’il le faut.