Laïcité : un sujet qui divise la majorité

Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer demande aujourd’hui la saisie de la commission des conflits de La République en marche, suite aux critiques de ses propos sur le port du voile par Aurélien Taché, élu du Val-d’Oise (95).

C’est une question qui n’en finit pas d’attiser les divisions internes au sein de la majorité présidentielle. Depuis la sortie polémique de l’élu RN Julien Odoul dimanche contre une mère voilée au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, la question du voile a ressurgi dans le débat, mettant à nu une frcture assez nette au sein même du  gouvernement.

Retour à dimanche dernier. En pleine séance, Julien Odoul s’insurge donc contre la présence dans l’hémicycle d’une mère accompagnatrice d’un groupe d’enfants portant un voile. Interrogé quelques jours plus tard, le ministre  condamne mais estime qu’il n’est « pas souhaitable » que des mères puissent être voilées à l’occasion des sorties scolaires. Jeudi, dans le Point, l’élu du Val d’Oise Aurélien Taché déclare en retour que « Julien Odoul récupère les mots de Jean-Michel Blanquer ». Une sortie que gioûte très peu le ministre, qui a demandé des sanctions.

Jean-Michel Blanquer, seul contre tous

Ce n’est pas la première fois que le ministre de l’Education divise la majorité sur la laïcité. En février dernier, Jean-Michel Blanquer avait été contraint de faire machine arrière quant à l’adoption d’un amendement visant à interdire le port du voile pour les accompagnatrices scolaires. A la suspension de séance, une trentaine de députés s’étaient alors opposés à l’ajout de ce texte proposé par l’élu Les Républicains ( LR) Eric Ciotti dans le projet de loi « pour une école de la confiance ».

Plus récemment, le ministre avait fustigé une campagne d’affichage de la Fédération des conseils de parents d’élèves ( FCPE) pour l’élection de ses représentants. Sur l’affiche figurait une mère voilée et sa fille accompagnée de l’inscription « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? ».

Alors que la majorité présidentielle reste prudente sur la laïcité, Jean-Michel Blanquer n’hésite pas à faire part de sa position très à droite sur le sujet. Invité sur France Culture en septembre dernier, le ministre avait créé la polémique sur la scolarisation des filles en expliquant que « Le fondamentalisme islamiste dans certains territoires a fait que certaines petites filles vont à l’école le plus tard possible ou avec une assiduité plus faible ».

A chaque sortie du ministre, certains élus de la majorité s’indignent, à tel point qu’une réunion interne sur la laïcité a été organisée le 20 mars pour « mettre à plat les positions de chacun » selon le chef du parti Stanislas Guérini.

 « Hystérisation récente du débat » 

Deux lignes principales s’opposent en fait au sein de la majorité : d’un côté, une vision libérale et en faveur d’une laïcité ouverte portée par les élus Aurélien Taché, Fional Lazaar ( Val d’Oise) ou Laeticia Avia ( Paris) ; de l’autre, Jean-Michel Blanquer, Marlène Schiappa ( secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes ) et l’élue des Yvelines Aurore Bergé sont eux partisans d’une laïcité plus stricte, reprochant aux premiers de cautionner le repli communautariste.

Pour Aurélien Taché, il faut s’en tenir à la loi tolérant le voile pour les accompagnants scolaires « pour ne pas stigmatiser les musulmans », tandis que d’autres se positionnent contre, à l’image de l’amendement déposé par la droite sénatoriale en juillet dernier en faveur l’élargissement de l’interdiction de ce signe religieux.

Pour Valentine Zuber, spécialiste de l’histoire de la liberté religieuse en Europe et de la laïcité en France, « le problème est qu’il n’y a pas de loi sur la laïcité mais des pratiques ». Selon elle, l’ «hystérisation récente» du débat est due à une nouvelle interprétation des opposants au voile qui le perçoivent clairement comme un symbole de «l’islam politique à combattre puisqu’il conduit au terrorisme».