Massacre du 17 octobre 1961 : la page n’est pas tournée

Six décennies après le massacre d’Algériens par la police, une stèle commémorative a été inaugurée à l’angle du Pont Saint-Michel et du Quai du Marché-Neuf, jeudi.

L’Iliade algérienne en 1001 du poète Moufdi Zakaria et les youyous s’entremêlent sur le pont Saint-Michel.  En lieu et place d’une plaque de bronze devenue illisible depuis son installation en 2001, la stèle artistique de Gérard Collin-Thiébaut est sur le point d’être dévoilée, en mémoire du 17 octobre 1961.

Ce jour là, 100 à 200 Algériens sur les 20 000 réunis pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé dans la capitale, étaient jetées dans la Seine par les forces de l’ordre. 58 ans plus tard, Anne Hidalgo, maire de Paris, a commémoré ce jeudi ce massacre, sous un ciel pluvieux.

A ses côtés, Cédric Villani, en course pour la remplacer, est là “à titre personnel, et non comme politique”. “Mes parents sont nés en Algérie”, confie-t-il, “ému d’être là”.

Manifestant tenant une pancarte en hommage à son neveu disparu le 17 octobre 1961. / Crédit : Victoire Panouillet

Des souvenirs qui se transmettent

 “Les policiers ont balancé un nombre incalculable d’anonymes dans la Seine, on pense à eux”, explique Mohand, la soixantaine et tout de vert vêtu, qui se recueille chaque année sur le pont. Comme beaucoup d’autres, il est venu avec un drapeau et une écharpe algérienne. Fraternellement, chacun se salue et raconte à l’autre son histoire. 

Tercheume avait 19 ans quand il a participé à la manifestation. “Cette journée-là, on ne l’oubliera jamais. Il ne faut pas que ces gens soient morts pour rien”, a expliqué le sexagénaire. Kheira, elle, avait trois ans “au moment du massacre”. Les larmes aux yeux, elle affirme que l’événement est “marqué dans son coeur”. 

Un homme à la barbe teinte en orange tient une affiche aux mots percutants. “Merakeb Mohand jeté à la Seine de Paris par les criminels policiers”. Il est venu rendre hommage à son neveu, mort à l’âge de 16 ans à cause des policiers. La rancoeur tenace, il parle de cet événement qu’il qualifie de “douloureux” : “il y a eu beaucoup d’injustice”.

La stèle représente les contours du visage des disparus de la nuit du 17 octobre 1961. / Crédit : Victoire Panouillet

“Hier, silence, coupable” 

Alors qu’un militant peaufine sa pancarte “Hier, silence, coupable”, Kader se confie sur son ressentiment. Le sexagénaire reproche au gouvernement français de l’époque de ne pas avoir considéré les Algériens comme des ressortissants français.  “On a la culture française et les Français devraient être fiers de nous et de notre culture”, explique-t-il avec une voix tremblante de colère. En 2012, pour la première fois, François Hollande avait reconnu qu’une “répression sanglante” avait eu lieu.

Au travers de cette stèle, la mairie tente de panser une plaie qui reste ouverte. Houda Fethouane, correspondante pour la chaîne de télévision algérienne Ennahar, tente de nous résumer ce ressentiment : “La Seine est un beau symbole touristique, mais c’est aussi un point noir pour l’Algérie”.