Attendu sur la laïcité, Macron prend son temps

Alors que la majorité présidentielle se déchire sur le voile, tous les regards se tournent vers Emmanuel Macron pour déterminer la ligne de conduite à adopter. Le président de la République a annoncé, ce jeudi, vouloir rester le maître des horloges.

« Je veux éviter de remuer des sujets quand la société se divise dessus », a annoncé ce jeudi le président de la République. En privé, devant son premier cercle,  le président a qualifié d’ « irresponsable de faire des amalgames et de stigmatiser une partie de la communauté nationale ». L’attaque de la préfecture de police de Paris et la polémique autour des propos d’un élu Rassemblement National sur le voile obligent Emmanuel Macron à s’emparer des questions de l’islam et de la laïcité.

Reporté à plusieurs reprises, le grand discours de la laïcité n’est toujours pas à l’ordre du jour. Le président estime qu’il s’est largement exprimé sur cette thématique et n’a pas besoin d’en rajouter. Pourtant, le président n’a pas tenu qu’une ligne directrice et laisse donc planer le flou.

La laïcité, un « texte de tolérance »

À Bercy, l’ancien ministre de l’économie avait décidé de faire cavalier seul. Quand Manuel Valls posait les jalons d’une « laïcité radicale », lui préférait trouver des explications économiques et sociales sur la montée du communautarisme. « C’est parce que notre pays n’est pas capable depuis plus de trente ans de régler le problème du chômage de masse […] que nous avons laissé prospérer le doute, voir la haine contre la République », avait‐il expliqué dans son livre Révolution, édité chez XO.

En octobre 2016, il exposait à Montpellier sa vision de la laïcité : « un texte de tolérance » qui permet le vivre ensemble. En meeting à Lyon, le 4 février 2017, il évoquait le témoignage d’une jeune femme empêchée de travailler en raison de son voile. « Ce ne sont pas les règles de la République. Et accepter qu’elle perde un peu de cette liberté, c’est accepter que nous perdions la nôtre », avait réagi l’ancien ministre de l’économie.

Macron cherche ses marques

Depuis sa prise de fonction, le président a évolué sur la question même si sa position n’est pas « univoque ». Lors du grand entretien, le 16 avril 2018, il affirmait devant les deux journalistes Jean‐Jacques Bourdin et Edwy Plenel que « le voile n’était pas conforme à la civilité de la nation française ».

Appelé à s’exprimer par l’opposition, le président veut rester le maître des horloges. Lors des vœux aux autorités religieux en 2018, boudés par le président en 2019, Emmanuel Macron affirmait être « dépassionnée, direct et exigeant » sur la laïcité. Selon l’Opinion, il souhaiterait en fait aller sur un terrain épineux : l’amendement de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. L’un des objectifs : structurer l’islam en France. Sujet de convoitises au sein même de la communauté musulmane dont plusieurs organisations essaient de décrocher la sympathie du président de la République.

Mais, pour éviter de faire de l’islam la seule religion “traitée” par la laïcité, Emmanuel a mis en garde et a averti qu’il s’agissait d’une « erreur funeste et pour l’islam et pour toutes les autres religions ». Lors de son discours à la Conférence des Évêques de France, en avril 2018, Macron a ainsi appelé les catholiques à resserrer leur lien avec l’État en réinvestissant la « scène politique, nationale comme européenne ». 

La laïcité, au centre du débat politique, déchire la majorité présidentielle qui n’a pas de doctrine sur la question. Malgré une clarification du Premier ministre à l’Assemblée nationale, le 15 octobre dernier, le sermon laïc du président de la République se fait désirer.