Grève chez EDF : qu’est ce que le projet Hercule qui inquiète les salariés ?

Baptisé Hercule, le projet de scission d'EDF a déjà provoqué deux grèves chez le fleuron électrique français.

« La garantie de l’intégrité d’EDF » pour le gouvernement, une « désintégration‐privatisation » pour les syndicats. Le projet de réorganisation d’EDF a beau n’avoir été exposé que dans ses grandes lignes au mois de juin, il fait déjà bondir. Le 17 septembre, un salarié sur deux ont fait grève à l’appel des syndicats. Ils étaient de nouveau un quart jeudi à répondre à l’appel de la CGT, CFE‐CGC, FO et CFDT. On vous décrypte ce projet.

EDF coupée en deux

Le PDG d’EDF Jean‐Christophe Lévy a surnommé « Hercule » ce plan de restructuration haut en couleurs qui prévoit une scission en deux de l’entreprise. D’un côté un “EDF bleu”, renationalisé et détenu à 100% par l’État, engloberait l’exploitation des centrales nucléaires, les barrages et le transport de l’électricité.

De l’autre, un “EDF vert” fournirait l’électricité aux particuliers et intégrerait les activités d’EDF dans les énergies renouvelables. Cette entité serait introduite en bourse à hauteur de 35%. Jean‐Christophe Lévy a évoqué une possibilité que les deux soient détenus par une maison mère, elle aussi propriétaire de l’État.

Le PDG d’EDF a repoussé à l’année prochaine la présentation détaillée de son projet au gouvernement. Les deux devront ensuite s’accorder sur une copie à présenter à la Commission européenne.

Tarifs réglementés

Si Bruxelles s’immisce dans le dossier, c’est parce que la réglementation européenne est en partie à l’origine de ce projet de restructuration. Pour comprendre, il faut remonter aux années 2000. L’Union européenne a voté un texte exigeant l’ouverture à la concurrence de l’électricité. La France trouve une parade baptisée Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) : elle garde la main sur sa production électrique, mais en revend un quart à ses concurrents, au prix de 42€ le mégawattheure.

Pour EDF, ce prix est en deçà de ses coûts de production et revient ainsi à « subventionner » les concurrents qui lui grignotent des parts de marché. En échange de son projet de scission, la France espère demander à la Commission un relèvement du prix de l’Arenh à 45€. Ce qui ferait au passage augmenter la facture d’électricité de 3,5% à 4%, d’après les calculs du Parisien.

Autre raison avancée pour cette « renationalisation–séparation » : la dette colossale d’EDF, qui s’élève à 33 milliards d’euros. En récupérant la production nucléaire, l’État peut investir dans la sauvegarde de son parc et « isole financièrement le risque » financier, a confié une source interne d’EDF au Parisien. En privatisant en partie la distribution, la structure espère attirer les investisseurs dans la distribution – plus rentable – et les énergies renouvelables.

Opposition syndicale

Les syndicats appellent au retrait du projet et fustigent une atteinte au service public. Ils craignent notamment que – comme pour le gaz – la privatisation aboutisse à une fin des tarifs réglementés de vente sur l’électricité, à des disparités de service sur le territoire et à une suppression du statut spécial des salariés d’EDF. Ne croyant pas à la promesse du gouvernement qui leur a assuré le contraire ils seront reçus par Emmanuel Macron le 28 octobre prochain.