La pauvreté augmente-t-elle vraiment en France?

Une étude de l’INSEE révèle une forte augmentation du taux de pauvreté en France. A la veille de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, on vous decrypte cette tendance.

La pauvreté est au coeur de l’actualité cette semaine. Après le prix Nobel de l’Économie qui consacrait lundi les travaux sur la lutte contre la pauvreté de la française Esther Duflo, l’Institut national des statistiques (Insee) a publié mercredi un rapport provisoire sur la pauvreté en France, en augmentation de 0,6 point sur un an. 14,7% de la population française vivait en 2018 en situation de pauvreté, soit quelque 9,3 millions de personnes. Un chiffre qui ne veut toutefois pas dire grand chose.

Compliquée à définir 

La pauvreté, telle qu’on l’entend, est le fait pour un individu ou un ménage de ne pas disposer des ressources nécessaires pour satisfaire ses besoins fondamentaux. Cette  réalité est toutefois difficilement quantifiable. Selon la méthode de recensement choisie, les chiffres diffèrent. Les instituts français et européens s’entendent cependant pour calculer le seuil de pauvreté en fonction de la médiane des niveaux de vie. Ils considèrent ainsi qu’un individu ou qu’un ménage est considéré comme pauvre dès lors que son niveau de vie est inférieur à 60% de la médiane des niveaux de vie. La médiane n’est pas la moyenne. Elle est calculée de sorte que la moitié de la population gagne plus et l’autre moitié moins. Ainsi elle augmente mécaniquement quand le salaire des personnes les plus favorisées croît, et baisse si celui-ci diminue. 

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L’Insee a réalisé à partir d’un échantillon représentatif de ménages une microsimulation sur l’année 2018, qui a conclu à une augmentation du nombre de personnes vivant avec moins de 60% du revenu médian. En 2017, ce revenu médian était de 1735 euros. Un individu ou un ménage était donc considéré comme “pauvre” dès lors qu’il touchait moins de 1041 euros par mois. Ils étaient alors 8,8 millions dans ce cas. En 2018, ce nombre a grimpé pour atteindre 9,3 millions de personnes.

Près de 500 000 personnes seraient donc passées en 2018 en dessous du seuil de pauvreté.

L’institut analyse cette augmentation comme une conséquence de la hausse « des revenus financiers des capitaux mobiliers ». En somme, les revenus de 5% les plus aisées ayant augmenté suite à des mesures fiscales avantageuses, la médiane du niveau de vie était plus élevée. Mécaniquement, le pourcentage de la population gagnant moins de 60% de ce revenu a également grimpé.

Le rapport pointe également la responsabilité des mesures socio-fiscales dans cette augmentation. « Les mesures sur les prélèvements, comme la baisse de la taxe d’habitation, la bascule CSG/cotisations et l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi de salariés à domicile aux retraités, bénéficieraient davantage aux ménages au-dessus du seuil de pauvreté ». Les personnes gagnant moins de 60% du revenu médian ont également été touchées par la baisse des allocations logement en HLM. Cette baisse « contribuerait mécaniquement à la hausse du taux de pauvreté » selon l’institut. L’étude de l’INSEE n’intègre toutefois ni la réforme de l’ISF, ni le chèque énergie. 

Une définition problématique 

La définition française de la pauvreté est donc relative. Elle dépend du niveau de vie de l’ensemble de la société et n’est donc pas représentative de l’aggravation de la situation de des plus démunis. L’Observatoire des inégalités souligne également l’absence de prise en compte dans ces statistiques des plus pauvres. En effet, la part de la population française vivant à la rue, dans des squats ou dans des bidonvilles échappe à tout enregistrement statistique. Il en est de même pour les personnes sans papiers, pour les « gens du voyage », et pour les personnes soutenues financièrement par leur famille. Les chiffres fournis sont donc loin d’être exhaustifs. 

Chronologie de la pauvreté en France 

Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté fluctue en fonction des politiques publiques et des conjonctures économiques. Selon les études réalisées par l’Insee entre 1990 et 2018, la proportion de la population française considérée comme “pauvre” n’a cessé d’augmenter.

On distingue plusieurs périodes : au début des années 2000, ce taux est relativement bas. Il bondit en 2009, suite à la crise économique de 2008 et se stabilise à nouveau entre 2012 et 2017. Les chiffres annoncés pour 2018 font, eux, état d’un nouveau bond de la précarité.

La France entourée de mauvais élèves 

Malgré cette forte augmentation, la France reste en dessous de la moyenne européenne, fixée actuellement à 17% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Elle fait même partie des “bons élèves” : ces voisins britanniques, espagnols, allemands ou italiens ont bien plus de mal à lutter contre la pauvreté.