Immigration, pauvreté, insécurité … Les défis qui attendent Emmanuel Macron à Mayotte

Emmanuel Macron est arrivé à Mayotte mardi matin. (Photo by Samuel BOSCHER / AFP)

C’est le premier voyage du président français sur l’archipel mahorais depuis son élection. Arrivé mardi matin, il compte apporter « des réponses extrêmement concrètes » aux difficultés des habitants. Entre pauvreté endémique et immigration massive, état des lieux pour mieux comprendre la situation du 101e département français.

À 8000 km de l’hexagone, la situation est critique. C’est ce dont va se rendre compte, le président de la République, Emmanuel Macron, qui a atterri, mardi 22 octobre, sur l’archipel de Mayotte. Immigration, précarité, sécurité … Les défis sont nombreux pour le chef de l’Etat.

Le taux de chômage à Mayotte est en effet quatre fois plus important qu’en métropole. Il atteignait les 35 % en 2018. Cette situation impacte le niveau de vie des habitants. 84 % d’entre eux vivent sous le seuil de 959 euros par mois, ce qui en fait le département français le plus pauvre, et l’illettrisme pour ses habitants de 16–64 ans y dépasse les 40 %, d’après l’Insee. Autres chiffres préoccupants : « Quatre personnes sur dix habitent un logement en taule et un tiers de la population n’a pas accès à l’eau potable depuis chez lui », selon Jamel Mekkaoui, chef du service de l’Insee à Mayotte, interrogé par le CFJ Lab.

Des chiffres qui ont stagné de 2012 à 2017 alors que la situation s’était améliorée entre 2007 et 2012. Un statu quo qui s’explique notamment par la hausse de la part d’habitat précaire liée à l’arrivée de nombreux natifs de l’étranger.

Grèves massives

En mai 2018, d’importantes grèves avaient paralysé durant six semaines l’économie du territoire ultramarin, devenu département français en 2011. Les Mahorais protestaient notamment contre l’immigration clandestine, qu’ils estiment responsable de l’insécurité, de la pauvreté et de la saturation des services publics sur l’archipel.

Une opinion partagée dans les urnes. En effet, lors des élections européennes de mai 2019, le Rassemblement National est arrivé en tête sur l’archipel avec 45,56 % des voix. Les Mahorais ont également montré leur  mécontentement en boudant les urnes à l’occasion de ce scrutin avec un niveau d’abstention considérable de 71 % (contre près de 50 % en moyenne sur toute la France). Pour répondre à cette contestation, le gouvernement a annoncé cet été un plan de rénovation et d’investissement de 1,6 milliard d’euros pour l’archipel. Mais pour la majorité des Mahorais, ses effets se font encore attendre.

48 % d’étrangers

Car si l’immigration cristallise à ce point les tensions à Mayotte, c’est parce que la situation y est singulière. L’archipel de 374 km² – 3,5 fois Paris intramuros – est touché par une immigration massive. En effet, 48 % des 256 000 habitants y sont étrangers. Parmi eux, l’Insee dénombre 95 % de Comoriens.

Cette situation s’explique largement par la localisation du département français, à 70 km de l’île comorienne d’Anjouan. Avec un PIB par habitant dix fois supérieur à celui de son voisin, Mayotte fait figure d’Eldorado dans la région.

Chaque jour, de nombreux Comoriens tentent, souvent au péril de leur vie, la traversée sur des canots de fortune : les kwassa-kwassas. En juillet, la médiatisation de la mort d’un enfant de 5 ans retrouvé sur les côtes mahoraises suite au naufrage d’une de ces embarcations avait soulevé une vive émotion.

Sur ces bateaux, de nombreuses femmes enceintes tentent la traversée dans l’espoir d’accoucher dans de meilleures conditions. Dans les maternités, l’Insee estime que ¾ des femmes sont étrangères, ce qui impacte la démographie mahoraise. « On compte près de 10 000 naissances par an sur l’archipel contre 7300 en 2014. Cette différence est majoritairement portée par des femmes comoriennes », explique Jamel Mekkaoui.

Opération Shikandra

Pour lutter contre l’immigration clandestine, un plan civilo-militaire a été lancé au mois d’août suite à la visite de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin : l’opération Shikandra. Son but ? Atteindre les 25 000 reconduites à la frontière dès la fin 2019 en renforçant la protection des côtes mahoraises sur terre et sur mer. Actuellement, entre 18 000 et 20 000 reconduites sont effectuées chaque année, avait déclaré en mai dernier le préfet de Mayotte.

Selon l’Élysée, à l’AFP, le chef de l’État veut faire de sa visite sur le territoire l’illustration du « deuxième pilier » de sa politique sur l’immigration : « la fermeté ». L’attente est grande autour du président. « On souhaite des gestes forts (…), un vrai plan de lutte contre l’immigration clandestine, pas seulement de faire du chiffre en faisant des reconduites », avait lancé Estelle Youssouffa, présidente d’un collectif des citoyens de Mayotte à l’origine du mouvement social du printemps 2018. Pour accentuer la pression, le collectif appelle « la population à porter du blanc en signe de protestation contre le traitement qui est fait à Mayotte ».

En plus des défis qui se présentent à lui, le président de la République aura la lourde tâche de faire oublier la plaisanterie maladroite qui avait suivi sa dernière visite sur le territoire. En mai 2017, à l’occasion de la campagne président, le candidat Macron avait cru bon de blaguer à propos du kwassa-kwassa qui « pêche peu », mais « amène du Comorien » à Mayotte.