Quatre questions pour comprendre la crise politique en Israël

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a échoué lundi 21 octobre à former un gouvernement. Dans la foulée, le président israélien a chargé le leader centriste, Benny Gantz, de trouver une majorité et ainsi sortir le pays de l’impasse politique dans laquelle il se trouve. 

Le premier ministre sortant, Benyamin Nétanyahou, a renoncé à former un gouvernement, lundi 21 octobre. Il n’a pas réussi à dégager une coalition de partis majoritaires à la Knesset, le Parlement. 

Le président Reuven Rivlin a donc annoncé dans la foulée transmettre cette tâche à l’autre homme fort du pays, Benny Gantz, dont le parti centriste Bleu‐Blanc avait remporté les élections législatives en septembre mais qui manque a priori d’alliés. Alors que le pays se trouve dans une impasse, voici les réponses à quatre questions pour comprendre les raisons de cet échec.

  • Pourquoi Benyamin Nétanyahou a échoué à former un gouvernement ?

Dans une vidéo publiée sur Facebook, lundi soir, Benyamin Nétanyahou jette l’éponge : « J’ai annoncé au Président que je lui rendais mon mandat de tenter de former un gouvernement. » Depuis les élections législatives du 17 septembre, il tente de s’entendre avec Benny Gantz pour accepter le compromis du président. Reuven Rivlin a proposé que les deux hommes occupent le poste de chef du gouvernement israélien à tour de rôle. M. Nétanyahou aurait été le premier à occuper cette fonction, puis aurait été remplacé dès sa probable inculpation pour corruption d’ici la fin de l’année.

Une situation que M. Gantz rejette pour trois raisons.

  • D’abord, parce que son parti a obtenu le plus grand nombre de sièges aux élections – 33 pour sa formation Bleu‐Blanc contre 32 au Likoud de Nétanyahou. Il devrait donc être le premier à occuper le poste.
  • Ensuite, il refuse que son parti siège dans le gouvernement d’un premier ministre accusé de corruption.
  • Puis, le parti Bleu‐Blanc, centriste et libéral, veut limiter le poids des partis religieux, alors que M. Nétanyahou comptait en faire des alliés de choix.

 

  • Ce blocage est‐il surprenant ?

Cette crise politique et institutionnelle n’est pas nouvelle en Israël. Depuis avril 2019, des élections législatives ont été organisées à deux reprises, sans qu’aucune majorité n’en ressorte. A chaque fois, les deux partis sont au coude‐à‐coude. Impossible de présenter une coalition parlementaire dépassant le seuil de 61 députés sur 120.

Le paysage politique israélien a du mal à se recomposer depuis l’explosion, en décembre 2018, de l’alliance au pouvoir entre nationalistes laïques et les religieux. Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, avait alors démissionné et emporté avec lui les quelques députés qui offraient à M. Nétanyahou une très faible majorité. Il protestait contre un accord de cessez‐le‐feu signé entre Israel et les Palestiniens de la bande de Gaza. Faute de majorité, M. Nétanyahou a donc été obligé de dissoudre la Knesset. Les scrutins sans résultat se sont ensuite succédés.

  • Quelle est la prochaine étape pour former un gouvernement ?

Le président Reuven Rivlin devrait officiellement confier la formation d’un gouvernement à Benny Gantz, d’ici jeudi. Comme M. Nétanyahou, il disposera de 28 jours pour rassembler les députés nécessaires à un groupe majoritaire.

Mais la partie s’annonce compliqué. Son parti de centre‐gauche est minoritaire, avec 33 sièges et ses alliés potentiels ont beaucoup de difficultés à s’entendre. A droite, le parti ultranationaliste d’Avigdor Lieberman — 5 sièges — refuse de s’allier aux partis arabes — 13 sièges — qui, de leur côtés, soutiennent le leader centriste à demi‐mot. Pour M. Gantz, la tâche s’annonce donc tout aussi ardue que pour son rival. « Nous sommes toujours optimistes, c’est une manière de vivre », a commenté de façon lacunaire, mardi, l’ancien chef de l’armée.

En cas d’échec de sa part, tout député qui dispose de 61 soutiens pourra proposer son gouvernement au président — ce qui est peu probable. Sans cela, les Israéliens seront de nouveau appelés à se rendre aux urnes : la troisième fois en un an. C’est la plus grande peur de M. Rivlin qui ferait tout son possible pour l’éviter. Il semblerait tout de même que ce soit l’issue la plus probable car les partis politiques restent toujours aussi peu enclins à négocier.

  • Benyamin Nétanyahou est‐il hors‐jeu ?

Alors qu’il fêtait, il y a quelques mois, le record de longévité à la tête d’Israël — 13 années -, Benyamin Nétanyahou vit‐là son plus gros échec politique. Tant qu’un gouvernement n’est pas constitué, il reste premier ministre et ne compte pas abandonner sa place sans combattre.

Pour autant, son destin n’est plus entre ses mains. Il dépendra de l’agilité politique de M. Gantz, mais également de la volonté du procureur général, Avichaï Mandelblit, d’inculper le premier ministre. La décision avait été reportée à plusieurs reprises en raison du calendrier électoral — une stratégie de M. Nétanyahou. La justice le soupçonne d’abus de confiance, de corruption et de malversation dans trois affaires différentes. 

La plus pressante est l’affaire dite « Bezeq », du nom d’une entreprise de télécoms israélienne. M. Nétanyahou lui aurait accordé des faveurs gouvernementales en échange d’une couverture médiatique favorable. Jusqu’ici le statut de premier ministre protégeait M. Nétanyahou, mais l’échec des négociations et la perte probable de son siège met en danger son inviolabilité. Le procureur devrait annoncer son inculpation avant décembre.