Destitution de Donald Trump : quatre questions pour comprendre l’affaire américano-ukrainienne

Embourbé dans une procédure de destitution, le président des États-Unis, Donald Trump, doit faire face depuis mardi 22 octobre à un nouveau témoignage accablant dans l’affaire américano-ukrainienne. Tout comprendre en quatre questions.

Depuis septembre dernier, Donald Trump est accusé d’avoir violé la Constitution américaine en demandant  au président ukrainien, Volodomyr Zelensky, d’engager une enquête sur Joe Biden, candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020.

Une procédure de destitution a été lancée à son encontre, par la présidente démocrate de la Chambre des représentants. Le dernier témoignage d’un diplomate américain, rendu public mardi 22 octobre, menace encore davantage l’avenir politique du président des États-Unis, qui continue de jouer la carte de l’attaque. Décryptage en quatre questions.

Que reproche-t-on à Donald Trump ?

Le président américain est accusé d’avoir abusé de son pouvoir en demandant à son homologue ukrainien, Volodomyr Zelensky, d’enquêter sur Joe Biden, candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. Au cours d’un appel téléphonique passé le 25 juillet, dont une retranscription partielle a été rendue publique par la Maison Blanche, le président des États-Unis évoque le nom d’Hunter Biden, fils de son rival politique. Selon lui, ce dernier aurait été protégé par son père — alors vice-président de Barack Obama — en 2015, quand il siégeait au conseil d’administration du groupe ukrainien Burisma.

Joe Biden aurait en effet plaidé pour le départ d’un procureur ukrainien, alors que le géant gazier était visé par une enquête. « Cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus », avait lancé le président des Etats-Unis à Volodomyr Zelensky lors de leur appel. D’après les démocrates, Donald Trump aurait conditionné à l’ouverture d’investigations le versement d’une aide militaire à l’Ukraine de plusieurs centaines de millions de dollars.

Vers une destitution ?

Le 24 septembre, Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, a annoncé le déclenchement d’une procédure de destitution à l’encontre de Donald Trump. Depuis plusieurs mois, l’aile gauche du Parti démocrate la réclamait, suite aux soupçons de collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2016. Dans un rapport publié en mars 2019, le procureur Robert Mueller, chargé des investigations, avait finalement conclut à l’absence d’éléments démontrant une entente ou une coordination entre les deux parties. Une division au sein du camp des démocrates sur la question d’une procédure d’impeachment avait profité à Donald Trump.

En passant à l’offensive dans le cadre de l’affaire américano-ukrainienne, Nancy Pelosi lance une procédure rarissime dans l’histoire des États-Unis, déclenchée à seulement trois reprises pour un président en exercice : Andrew Johnson en 1868, Richard Nixon en 1974 et Bill Clinton en 1999. La procédure actuelle a néanmoins peu de chances d’aboutir. La culpabilité du président américain doit, en effet, être votée à la majorité des deux tiers par le Sénat, à majorité républicaine.

Un témoignage fatal pour Donald Trump ?

Alors que les auditions dans le cadre de l’affaire américano-ukrainienne s’enchaînent, un diplomate américain en poste en Ukraine a livré, mardi 22 octobre, un nouveau témoignage compromettant. Entendu par le Congrès, Bill Taylor, chargé d’affaires à Kiev, a confirmé les pressions de Donald Trump sur l’Ukraine pour l’ouverture d’une enquête sur le fils de Joe Biden, en échange du déblocage d’une aide militaire. Il a notamment rapporté des propos de Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l’Union européenne (UE), confirmant la mise en place du chantage.

Dans sa longue déclaration de 15 pages, publiée dans son intégralité par le Washington Post, le diplomate assure que « l’ambassadeur Sondland a dit qu’il avait parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky (…) et lui avait dit que s’il n’éclaircissait pas les choses en public, nous serions dans une impasse ». Les élus démocrates, présents lors de l’audition, ont salué la portée de la déposition. L’élu Adriano Espailla a parlé d’un « témoignage très troublant et explosif ». « Tout y est », a surenchéri à l’AFP Tom Malinowski. « Je ne sais pas quoi ajouter face à une déclaration aussi claire et détaillée ».

Comment réagit le président américain ?

Depuis les premières accusations, Donald Trump continue de jouer la carte de l’attaque. Le président américain l’a encore prouvé, mardi matin, en parlant d’un « lynchage » à son encontre. Un mot, très connoté historiquement aux États-Unis, qui a suscité d’importantes critiques, y compris dans son propre camp. Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, a parlé d’un « choix regrettable ».

« Un lynchage ? 4.743 personnes ont été lynchées aux États-Unis entre 1882 et 1968, parmi lesquels 3.446 Afro-Américains », a commenté à l’AFP Kristen Clarke, présidente d’une association de défense des droits civiques. De son côté, la Maison Blanche a réagi en dénonçant « une campagne de calomnies menée par des élus d’extrême-gauche et des bureaucrates radicaux non-élus qui sont en guerre contre la Constitution ».

Selon un sondage Washington Post-Schar School, publié mardi 8 octobre, la destitution de Donald Trump est soutenue par 49 % des Américains.