Léonard de Vinci au Louvre : trois questions sur l’exposition événement

La grande exposition consacrée à Léonard de Vinci à l’occasion du 500e anniversaire de sa mort s’ouvre jeudi 24 octobre au Louvre. Un événement attendu qui a failli ne jamais voir le jour. Eclairage en trois questions.

500 ans après la mort de Léonard de Vinci, le musée du Louvre accueille, à partir du jeudi 24 octobre, l’une des expositions les plus attendues de ces dernières années : une rétrospective de près de 180 œuvres du maître italien. Tableau bloqué en Italie, une ministre de la Ligue (extrême droite) qui revient sur une promesse de prêt faite à la France… dans un climat politique tendu entre les deux pays, l’exposition aurait pu ne jamais voir le jour. Décryptage en trois questions.

  • Pourquoi cette exposition est tant attendue ?

« Il faut peut‐être de la folie pour se livrer à un tel travail. » Xavier Salmon, directeur du département des arts graphiques au Musée du Louvre, se confie au Monde à propos de l’entreprise lancée il y a plus de dix ans par les commissaires de l’exposition pour célébrer le 500e anniversaire de la mort du peintre italien. C’est la première fois qu’autant d’œuvres de Léonard de Vinci sont réunies dans un même musée. Les habitués des allées du Louvre ont pu voir et revoir cinq des tableaux de l’artiste de la Renaissance tels que La Joconde et La Belle Ferronnière.

« C’est ainsi que le Louvre conserve près du tiers du corpus des tableaux de l’artiste », explique le site du LouvreLe cinquième centenaire du décès du maître italien donne au musée l’occasion singulière de réunir « la plus grande part possible des peintures de l’artiste prêtée pour l’occasion » par des musées italiens, des milliardaires comme Bill Gates, et même, la reine d’Angleterre. Près de 180 œuvres réunies parmi lesquelles : des esquisses, des portraits et des scènes religieuses dont certaines sont visibles pour le première fois à Paris. Voici un extrait en image :

  • Le Salvator Mundi sera‐t‐il exposé au Louvre ?

L’exposition attire également car elle pourrait mettre fin à un mystère : « Où est donc passé le Salvator Mundi ? ». Attribué — malgré quelques contestations — à Léonard de Vinci, le tableau le plus cher du monde pourrait être le clou du spectacle de l’exposition. Si l’hypothèse a de quoi exciter, il est pourtant peu probable — mais pas exclu pour autant — que l’oeuvre, vendue 450 millions de dollars chez Christie’s en 2017, y soit exposé.

Le ministère de la Culture des Émirats arabes unis avait assuré que son pays était propriétaire du tableau. En septembre 2018, le Salvator Mundi devait être exposé au Louvre Abu Dhabi mais le musée avait annoncé l’annulation de l’événement au dernier moment. À l’occasion de la rétrospective parisienne, le Louvre a demandé à Abu Dhabi de lui prêter le chef d’oeuvre du florentin mais personne n’était capable de localiser le tableau.  Selon certains experts, il se trouverait dans les réserves du Louvre émirati ou dans un musée genevois. Pour le collectionneur londonien Kenny Schachter, il serait à bord du yacht du prince héritier, Mohammed ben Salmane. Alors, à Paris demain ? Les passionnés d’énigmes à la Ron Howard auront bientôt la réponse.

  • Pourquoi l’exposition a créé des tensions entre l’Italie et la France ?

« L’art sert au rapprochement des hommes », disait Goethe. L’organisation de l’exposition hommage à Leonard de Vinci aura montré que l’art peut aussi être vecteur de tensions. L’exposition a même failli ne pas voir le jour à plusieurs reprises. L’arrivée en 2018 de Lucia Borgonzoni (la Ligue — extrême droite) au poste de sous‐secrétaire d’État aux biens et aux activités culturelles italiennes a failli bouleverser l’agenda culturel de la France. « Léonard est italien, il est seulement mort en France, dénonçait‐t‐elle en 2018. Le prêt de ces tableaux placerait l’Italie à la marge d’un événement culturel majeur. L’intérêt national ne peut pas être mis au second plan, les Français ne peuvent pas tout avoir ». Sa volonté de remettre en cause l’accord passé par son prédécesseur avec la France en 2017 échouera en février 2019. Lors d’une rencontre, les ministres de la Culture italien et français ont réglé le problème. Les œuvres de l’artistes arriveront bien à Paris en 2019.

Réconciliés sur ce point, les deux pays sont vite confrontés à un autre obstacle au début du mois d’octobre, à quelques semaines de l’ouverture de l’exposition. Saisis par une association de défense du patrimoine, Italia Nostra, le tribunal administratif régional de Vénétie n’autorise pas l’Homme de Vitruve - l’une des œuvres maîtresses de l’exposition - à quitter les fonds du Musée de Venise. La raison : le ministère n’avait pas le droit de s’engager à prêter le tableau. Finalement, la France réussi — encore — à obtenir gain de cause. La justice italienne autorise le tableau à quitter le territoire le 16 octobre.

Mais le « cas » Léonard de Vinci cristallise les tensions entre l’Italie et la France depuis bien plus longtemps. L’artiste décédé près d’Amboise en 1519, avait vendu à la royauté française un certain nombre de ses chef d’œuvres (La Vierge aux rochers, La Belle Ferronnière, La Joconde, etc.). Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les nationalistes italiens ont revendiqué l’appartenance de ses œuvres. Aujourd’hui encore, certains reprochent à la France de s’être approprié Léonard de Vinci. Les initiatives de la ministre, et de l’association Italia Nostra, s’inscrivent dans cette histoire faite de rancœurs.

Des polémiques et des crispations qui montrent que Léonard de Vinci n’a rien perdu de sa grandeur au fil des siècles. L’exposition qui s’ouvre demain au Louvre n’en est que plus attrayante.