Libra : Mark Zuckerberg auditionné par le parlement américain sur son projet de cryptomonnaie

Mercredi 23 octobre, Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, est auditionné par une commission parlementaire américaine pour défendre la Libra, la cryptomonnaie qu’il ambitionne de créer.

L’enthousiasme qui avait suivi l’annonce de la création, par Facebook, de sa propre cryptomonnaie s’estompe peu à peu et laisse place aux inquiétudes. Une commission parlementaire américaine a convoqué mercredi 23 octobre le patron du réseau social, Mark Zuckerberg, pour lui permettre de défendre la Libra.

Le 11 octobre dernier, certains géants comme Visa ou Mastercard, qui avaient investi des millions de dollars dans le projet s’en sont retirés. Du côté des États, la crainte d’une perte de souveraineté nationale est citée de manière récurrente. C’est face à ces avis mitigés, que la commission parlementaire a convoqué Mark Zuckerberg. Decryptage en cinq questions

  • Qu’est ce que la Libra ? 

La Libra est une cryptomonnaie, une devise 100% numérique dont l’objectif est de permettre aux 2,7 milliards d’actifs Facebook (mais aussi Messenger, Instagram et WhatsApp détenus par l’entreprise américaine), d’ici courant 2020, “d’envoyer de l’argent comme on envoie une photo ou un texto sur son application de messagerie préférée”.

L’un des principes de base d’une cryptomonnaie est qu’elle fonctionne sans organe central de contrôle — comme la Banque centrale européenne par exemple -, et sans intermédiaires entre les particuliers qui échangent leur monnaie. Facebook a fait le choix de s’appuyer sur une blockchain de permission : la Libra est donc contrôlée par des régulateurs (contrairement au Bitcoin, une blockchain publique). Ce choix de régulation est, selon le réseau social, la seule solution “capable d’offrir l’ampleur, la stabilité et la sécurité nécessaires pour prendre en charge des milliards de personnes et de transaction à travers le monde.” 

Pour faciliter les échanges de Libra, Facebook a l’ambition de mettre en place une application sur téléphone portable, Calibra. Comme une sorte de portefeuille électronique, Calibra permettra, sur le même modèle que Lydia ou Pumpkin, de réaliser des échanges de particulier à particulier.

  • Quel est le public visé par la cryptomonnaie ?

Selon Facebook, la création de la Libra est destiné à un public large :

  • les particuliers, qui verront leurs échanges monétaires gagner en rapidité et en simplicité ;
  • Dans sa déclaration d’intention, le réseau social vise également les personnes “qui sont encore exclus du système financier et qui n’ont pas accès à une banque traditionnelle alors qu’un milliard d’entre eux possèdent pourtant un téléphone portable et que près d’un demi‐milliard ont accès à internet”.

Mais Facebook lui‐même pourra en profiter en diversifiant ses sources de revenus, qui sont aujourd’hui majoritairement basées sur la publicité.

  • Qui régule la Libra ? 

Facebook a pris soin de donner les rênes du projet à une entité extérieure à elle‐même : une association portant le même nom que sa cryptomonnaie : Libra. L’association, basée en Suisse, est composée de 21 membres fondateurs. Pour intégrer l’association, les membres doivent verser un montant de 10 millions de dollars. Parmi eux, l’entreprise de payement en ligne PayU, le groupe de télécommunication français Iliad (maison mère de Free), ou encore les plateformes Uber et Spotify.

A la tête de cette association siège un conseil d’administration de cinq membres, dont le français David Marcus, ex‐patron de PayPal. On pense vraiment que si on crée cet “internet de l’argent” collectivement, avec toutes ces autres organisations, ça ne peut pas être un réseau contrôlé par une entité ou par une société, ça doit être un réseau d’utilité publique. ” a expliqué celui‐ci au micro de FranceInfo. 

Mais depuis le 11 octobre, plusieurs entreprises qui avaient investis chacune 10 millions de dollars dans le projet s’en sont retirés. Visa, Mastercard, PayPal, Stripe suivi de près par Ebay et Booking ont justifié leur retrait par des doutes concernant la capacité du projet à “répondre de façon entièrement satisfaisante à toutes les attentes des régulateurs.” 

  • Pourquoi les autorités sont‐elles si réticentes à accueillir la Libra ?

Plusieurs motifs expliquent qu’un grand nombre d’acteurs économiques rechignent à accueillir une cryptomonnaie d’une telle envergure. Les Etats craignent notamment pour leur souveraineté monétaire. A Bercy, un proche de Bruno le Maire a exprimé sur France info l’inquiétude liée à Libra :

“Avec 2,7 milliards d’utilisateurs mensuels [des différentes applications appartenant à Facebook], Libra pourrait très rapidement se trouver en situation de prédominance vis‐à‐vis de certaines monnaies nationales, qui pourraient se retrouver évincées de la vie quotidienne, cela risquerait de priver les Etats et les banques centrales d’outils majeurs, comme la variation des taux d’intérêt par exemple. Ce qui se traduirait par une perte de souveraineté.”

La cryptomonnaie est aussi souvent remise en question pour les usages illicites que l’ont peut en faire (blanchiment d’argent, financement du terrorisme). Le ministre des finances américain, Steven Munchin a ainsi redit mardi 22 octobre son opposition à ce projet, estimant que de nombreux sujets d’inquiétudes n’étaient pas réglés, notamment la “question du blanchiment d’argent”. Pour y faire face, Libra a précisé que des papiers d’identité seraient exigés auprès des utilisateurs, à la création de leur compte.

Après le scandale de Cambridge Analytica, dans lequel les données de millions d’utilisateurs Facebook avaient été utilisées sans leur consentement, les questions autour de la gestion des données personnelles fusent également à l’évocation de Libra. Ce à quoi David Marcus a répondu que les  données utilisées sur Libra seraient dissociées des données de Facebook. Mais cet argument n’a pas convaincu la totalité des régulateurs.

  • Quels sont les arguments de Mark Zuckerberg ? 

Face à une commission parlementaire sceptique, Mark Zuckerberg va devoir avancer des arguments convaincants pour défendre son projet. Parmi les plus attendus : la montée en puissance de la Chine, que de nombreux Etats observent d’un mauvais oeil. ““Pendant que nous débattons, le reste du monde n’attend pas. La Chine se prépare activement à lancer des idées similaires dans les mois qui viennent” a déclaré le patron de Facebook. Mais il rappelle également fréquemment l’idée initiale du projet : soutenir les personnes exclues du système bancaire actuel, notamment les migrants.

“Le projet Libra doit permettre une meilleure inclusion financière, à bas prix (…). La recherche montre que l’accès aux services financiers peut aider à sortir les gens de la pauvreté. Nous pensons que ce problème peut être résolu, et nous voulons faire partie de la solution”. 

Reste maintenant à convaincre les parlementaires américains.