Patrick Balkany : « Je demande simplement un peu d’humanité » 

Le maire de Levallois-Perret, incarcéré depuis le 13 septembre pour fraude fiscale a plaidé mardi 22 octobre pour sa remise en liberté devant la cour d’appel de Paris. La décision sera rendue lundi prochain.

Le Balkany qui s’est présenté, mardi 22 octobre, après plus de cinq semaines de détention, a paru méconnaissable à la barre de la cour d’appel de Paris. Réputé pour son fort tempérament et ses envolées sans filtre, l’édile a semblé éteint, épuisé, harassé. Le corps ployé, les yeux plissé de douleur, il semble se tenir à la barre, péniblement.

Incarcéré depuis sa condamnation à quatre ans ferme pour fraude fiscale, le 13 septembre dernier  Patrick Balkany espère obtenir sa libération dans l’attente de son procès en appel. Les raisons de sa demande de remise en liberté sont simples : « Mon âge et mon état de santé », souffle-t-il. Vêtu d’une chemise blanche et d’un pull gris délavé, l’homme, âgé de 71 ans, incarcéré à la prison de la Santé à Paris, énumère ses différentes souffrances physiques qui requiert un suivi médical. « À la Santé on me donne des génériques », se lamente-t-il, « je ne sais pas trop ce que je prends, je suis épuisé ». Le juge tempère : «  si vous voulez vous asseoir, vous pouvez ». Patrick Balkany revient sur sa ligne de défense et supplie : « Je demande simplement un peu d’humanité, je souffre énormément ».

« Où irez-vous si vous étiez libéré ? », interroge avec fausse naïveté le juge. « A Giverny, avec mon épouse », affirme l’intéressé sans hésiter. L’avocat général, Serge Roques, s’est dit « fermement opposé » à cette demande de remise en liberté. Le représentant de l’accusation invoque un « risque de fuite » et « une propension certaine » de l’édile « à fuir ses responsabilité ». Sur ce point, dit de  « personnalité », l’avocat général insiste sur le « total mépris » de l’accusé à l’égard de la procédure d’instruction. Il rappelle le fameux « j’me barre » lancé chez le juge d’instruction, peu de temps avant la mise en examen pour fraude fiscale.

« Le fantasme de la fuite »

« ” J’me barre “, ça ne veut pas dire ” je prends la fuite “, mais ” j’me barre à Levallois-Perret ” », objecte l’avocat de la défense. Sur cet argument de la fuite, maître Dupont-Moretti indique que la femme de M Balkany n’a, elle, pas fait l’objet d’un mandat de dépôt — c’est-à-dire d’une incarcération immédiatement après l’audience (bien de le préciser) – donc en quittant le territoire national, « il fuirait la justice et sa femme ». « Sa femme est ici, sa famille, sa maison, c’est scandaleux de dire qu’il y a un risque de fuite », martèle l’avocat.

Le tribunal, en prononçant un mandat de dépôt, avait énoncé : « il ne saurait être exclu que les intérêts économiques continuent de diverger du sol français ». « Une formulation indigne de notre justice » selon maître Dupont-Moretti qu’il résume en ces termes : « Il ne saurait être exclu qu’il a de l’argent à l’étranger ». Ce à quoi il rétorque : « ça n’a jamais été allégué : voilà comment on fonde le fantasme de la fuite ». Pour lui, ce n’est autre qu’ « une invention judiciaire ».

L’avocat se déplace et s’adresse tour à tour au juge, pour le convaincre, et à l’avocat général, pour le décrédibiliser. « Est-ce que vous saviez, Monsieur le président, que son passeport est entre les mains de la justice française ? », interroge-t-il, « vous pouviez le rappeler, ça, Monsieur l’avocat général », poursuit-il le regard rivé sur l’intéressé. Serge Roques sera régulièrement la cible de l’avocat Dupont-Moretti au cours de sa plaidoirie. « Je ne suis pas surpris que le parquet général s’oppose fermement à la remise en liberté car c’est le même magistrat qui a requis le mandat de dépôt », a‑t-il lancé dès le début de l’audience. De fait, l’avocat général était aussi le procureur du parquet national financier du premier procès, le 13 septembre. « Un témoin de premier rang si j’ose dire » glisse l’avocat de Patrick Balkany.

« Je vous demande de le libérer, sachant qu’il va rester à la prison de la Santé »

Dans l’hypothèse où la cour d’appel ferait droit lundi 28 octobre à cette première demande de mise en liberté, Patrick Balkany resterait néanmoins détenu en vertu de sa deuxième condamnation, cinq ans de prison avec mandat de dépôt pour blanchiment prononcés vendredi par le tribunal correctionnel. Une seconde demande de mise en liberté dont la date d’audience n’a pas encore été fixée. Eric Dupont-Moretti souligne là une incohérence. Le blanchiment est une « infraction jumelle » de la fraude fiscale, «  à partir du moment où on fraude, évidemment que l’on cache l’argent qu’on a fraudé, c’est une évidence » scande-t-il. Puis il conclue, avec son sens habituel de la formule, « je vous demande de le libérer, sachant qu’il va rester à la prison de la Santé ».