Pour le PDG de Lubrizol, l’incendie de Rouen ne fait peser « aucune menace pour la santé »

Après l’incendie survenu il y a un mois dans son usine normande, Eric Schnur a dû s’expliquer mardi 22 octobre devant les parlementaires français. Sans les convaincre totalement. 

Il était attendu au tournant. Eric Schnur, président‐directeur général de Lubrizol, a été auditionné mardi 22 octobre par les parlementaires français, près d’un mois après l’incendie ayant ravagé son usine à Rouen. D’abord entendu le matin par la mission d’information de l’Assemblée nationale, il s’est présenté l’après-midi devant la commission d’enquête du Sénat. 

Les questions des députés et sénateurs ont abondé, tant les incertitudes autour de l’incendie survenu le 26 septembre demeurent. « Toutes les informations dont nous disposons indiquent que l’incendie s’est déclenché à l’extérieur de notre site », a assuré Eric Schnur après avoir présenté ses excuses aux populations impactées par les dégâts. Une façon de mettre en cause son voisin Normandie Logistique sans le nommer. 

Il a ensuite précisé que l’origine et la cause de l’incendie restent à déterminer. « Nous devons savoir ce qu’il s’est passé, c’est d’une importance capitale », ce qui justifie que« Lubrizol participe pleinement à l’enquête en cours ». Le PDG a rappelé qu’il s’agit du « plus grand incident survenu sur un site Lubrizol, en termes de dégâts matériels » et s’est réjoui de « l’absence de blessé ». 

« Bons voisins »

Le chef d’entreprise s’est aussi exprimé sur l’impact sanitaire, convaincu que les produits qui ont brûlé « ne représentent aucune menace sur la santé hormis l’irritation passagère normalement provoquée par la fumée ». Il n’y aurait « aucune différence significative entre ce qui a brûlé et ce que l’on peut trouver brûlé dans un incendie de maison ». Une formule qui a fait réagir. « Je suis Normande et je peux vous dire que ces propos me choquent profondément », c’est insurgée la sénatrice communiste Céline Brulin.

Face au scepticisme des parlementaires, Eric Schnur a garanti pouvoir s’appuyer sur « les analyses environnementales effectuées à ce jour » et des simulations reproduisant la composition du panache de fumée pour en étudier les effets sur la santé. « Nous savons précisément quels produits Lubrizol ont brûlé dans nos entrepôts et dans ceux de Normandie Logistique », a‐t‐il indiqué. L’usine stockait en effet une partie de sa production dans les locaux voisins.

Eric Schnur n’a pas pour autant nié les inquiétudes : « Nous comprenons que des préoccupations persistent. Nous soutenons pleinement la décision de mener des analyses complémentaires. » Il a réaffirmé sa détermination à se comporter en « bons voisins » et à aider « dès maintenant notre territoire à revenir à une situation normale ». Il a annoncé compter « donner des ressources aux personnes qui en ont le plus besoin » et mentionné les agriculteurs, les petits commerces et entreprises, ou encore les acteurs du tourisme. « J’ai engagé des millions d’euros et je le ferai encore plus si c’est nécessaire », a‐t‐il poursuivi en restant volontairement flou sur le montant exact. 

Incident en 2013

Autre sujet à régler, celui du sort des employés de Lubrizol. M. Schnur n’a cette fois‐ci pas laissé place à l’ambiguïté : « nous avons informé tous nos travailleurs du site rouennais qu’ils conserveront leur emploi et qu’ils percevront intégralement leur salaire pendant notre reconstruction ». Cette reconstruction ne sera que partielle, puisqu’il a confié que « les dépôts détruits ne seront pas remplacés ». « Ce site ne sera plus jamais le même », a‐t‐il glissé. Une issue qui a laissé perplexes les parlementaires.

Certains d’entre eux n’ont pas manqué de ramener Eric Schnur à ses manquements et obligations. Comme Hervé Maurey, qui préside la commission d’enquête du Sénat. Le sénateur centriste de l’Eure a rappelé qu’en 2013 déjà, un incident était survenu dans l’usine de Rouen, en raison d’une « importante fuite de gaz ». Lubrizol avait été condamné l’année suivante pour « négligence ». Ce qu’Eric Schnur a reconnu, énonçant un par un les récents incidents survenus dans des usines du groupe américain.

Après l’audition du PDG, il reste encore de nombreux points à éclaircir pour la commission. Seconde étape : une visite à Rouen, jeudi 24 octobre

 

Le chiffre : 9500

Si l’on additionne les dégâts sur les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique, près de 9500 tonnes de produits sont partis en fumée le jour de l’incendie.

 

À Rouen, la dépollution du site en marche

C’est également mardi 22 octobre que débutait l’évacuation de 160 fûts endommagés par l’explosion et contenant un produit potentiellement dangereux. Cette délicate intervention devrait durer deux mois, d’après la préfecture de Seine‐Maritime. Un « équipement provisoire de confinement » a été construit en amont et les manipulations seront effectuées par un robot, précise‐t‐elle. Les fûts pourraient être, en partie, responsables des odeurs nauséabondes qui persistent. Leur évacuation sonne donc comme une bonne nouvelle pour le voisinage de l’usine.