Carlos Ghosn : de l’arrestation au procès d’avril 2020, tout comprendre sur l’affaire

Arrêté en novembre 2018 pour des malversations financières, Carlos Ghosn, l’ancien patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, comparaissait, jeudi 24 octobre, à Tokyo, à une audience préliminaire à son procès d’avril 2020. Retour sur une affaire aux multiples rebondissements.

Son arrestation, en novembre 2018, avait fait l’effet d’une bombe. Accusé de malversations finanicères par la justice japonaise, Carlos Ghosn, alors PDG du numéro un mondial de l’automobile, Renault-Nissan-Mitsubishi, avait été interpellé à la sortie de son avion sur le tarmac de l’aéroport de Tokyo.

Actuellement en résidence surveillée, après deux passages en prison, le dirigeant franco-libano-brésilien se défendait jeudi 24 octobre, dans la capitale japonaise, dans une audience préliminaire. Une étape décisive, à quelques mois de son procès, au cours de laquelle ses avocats ont plaidé l’innocence sur tous les faits qui lui sont reprochés. Décryptage de l’affaire.

  • Novembre 2018 : l’arrestation de Carlos Ghosn

Le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn, alors à la tête de Renault-Nissan-Mitsubishi, est arrêté à son arrivée à l’aéroport de Tokyo. Le directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, convoque au même moment une conférence de presse et évoque des « pratiques financières inacceptables et graves ». Placé en garde à vue, comme son bras droit Greg Kelly, M. Ghosn sera révoqué quelques jours plus tard de son poste de président de Nissan et Mitsubishi.

Après cette arrestation, l’alliance entre les trois constructeurs s’est trouvée dans la tourmente. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, avait dû réagir rapidement en réaffirmant son « attachement » à l’alliance : « Nous avons convenu que nous voulions sa poursuite et sa consolidation », avait-il déclare, rassurant par ailleurs les 47 000 salariés de Renault en France. Le soir de l’arrestation,  l’action du constructeur français perdra néanmoins jusqu’à 13 % de sa valeur.

Finalement, l’alliance des trois constructeurs n’est pas remise en cause. Il faudra toutefois attendre le 24 janvier pour voir Carlos Ghosn annoncer sa démission de Renault. Il est remplacé par Jean-Dominique Senard, l’actuel patron de Michelin, qui est nommé président du conseil d’administration de l’entreprise.

  • Les faits qui lui sont reprochés 

Le 10 décembre, le dirigeant automobile est mis en examen pour la première fois. Dans les rapports de Nissan transmis aux autorités boursières, sa rémunération a été sous-évaluée de plus de 38 millions d’euros entre 2010 et 2015. La garde à vue est prolongée après une deuxième accusation de dissimulation de revenus : 31 millions d’euros entre 2015 et 2018.

Fin décembre, une nouvelle ombre s’ajoute au tableau du dirigeant franco-libano-brésilien. Carlos Ghosn est accusé d’avoir fait couvrir par Nissan des pertes sur des investissements personnels, lors de la crise financière de 2008. Suite à une enquête interne, le constructeur automobile japonais le soupçonnera également d’avoir payé des résidences de luxe à travers le monde avec l’argent d’une filiale de l’entreprise, et d’avoir octroyé un emploi fictif à sa soeur entre 2003 et 2016 pour des activités de conseil.

Au total, quatre chefs d’accusation sont retenus contre l’homme d’affaires : deux pour des non-déclarations de revenus aux autorités boursières, et deux autres pour abus de confiance aggravé.

  • Deux passages en prison

En détention pendant plus de trois mois suite à son arrestation, Carlos Ghosn avait retrouvé la liberté début mars contre une caution d’environ 8 millions d’euros. En janvier, sa femme, Carole Ghosn, avait dénoncé les conditions de détention de son mari. « Pendant des heures, chaque jour, les inspecteurs l’interrogent, l’intimident, le sermonnent et l’admonestent, dans l’intention de lui extirper une confession », écrivait-elle dans une lettre adressée à l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch.

La prison qu’il occupait — plus grand établissement pénitencier du pays — est en effet considérée comme la plus austère du pays. En avril, le dirigeant y retournait pour un nouvel abus de confiance. Le motif : des paiements suspects effectués à un partenaire commercial du constructeur Nissan à Oman, entre 2012 et 2018. Le 25 avril, le dirigeant sortait à nouveau de prison après que le tribunal de Tokyo a accepté sa demande de libération, sous caution d’un montant de 4 millions d’euros. Il vit depuis en résidence surveillée à Tokyo.

  • Un procès en avril 2020

À quelques mois de son procès qui s’ouvrira en avril 2020, Carlos Ghosn travaille sa défense avec ses avocats. Lors d’une audience préparatoire ce jeudi 24 octobre, ils ont plaidé l’annulation des poursuites contre le dirigeant. Sa défense a notamment accusé les procureurs « d’actes illégaux » et de collusion avec le constructeur automobile Nissan.

« Avant de discuter de culpabilité ou d’innocence, nous disons que l’affaire elle-même est illégale. Elle doit être considérée comme un abus de pouvoir et être classée sans suite », a commenté à l’AFP l’un de ses avocats, M. Hironaka. Des saisies illégales et d’autres irrégularités ont aussi été contestées par la défense. De son côté, un autre représentant a regretté le « contexte de discrimination à l’égard de la race, de la nationalité et du statut social de M. Carlos Ghosn. »