Droit voisin : les éditeurs de presse français annoncent une plainte contre Google

(De gauche à droite) Laurent Bernard-Quelin, Pierre Louette, Jean-Michel Baylet, François Claverie et Marc Feuillée se sont réunis au siège du Groupe les Échos-Le Parisien le 24 octobre pour annoncer une riposte contre Google.

Les éditeurs de presse français ont annoncé, jeudi 24 octobre, vouloir déposer plainte la semaine prochaine contre Google, auprès de l’Autorité de la concurrence, au cours d’une conférence de presse. 

« Nous sommes mis dans une position terrible, entre la peste et le choléra ». Jean-Michel Baylet, président de l’Alliance de la presse d’Information générale (APIG) n’a pas mâché ses mots jeudi 24 octobre au cours d’une conférence de presse au siège du Parisien — Les Échos, à Paris. Accompagné par les présidents du Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) et de la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée (FNPS), M. Baylet a annoncé qu’ils allaient déposer plainte la semaine prochaine auprès de l’Autorité de la concurrence de France. Dans leur ligne de mire : Google, qu’ils accusent de mauvaise foi à la suite de l’entrée en vigueur du droit voisin en France jeudi matin.

Le droit voisin instaure une compensation financière pour les médias et les éditeurs lorsque leurs articles sont reproduits, en totalité ou en partie, sur les moteurs Web comme Google et Facebook. Le but : stopper la chute des revenus des médias d’information. Il a été introduit dans une directive européenne en mars dernier, et la France est le premier pays à le transposer dans sa loi. En réaction, Google a changé sa politique d’affichage. Depuis ce matin, le moteur de recherche offre deux choix aux éditeurs français : soit ils renoncent à leur droit voisin, soit les extraits de leurs articles se verront retirés du moteur de recherche.

Pour les médias d’information, ce choix imposé par Google est inacceptable et représente un moyen de contourner la loi. Dans un pays où le géant du Web possède 90 % des parts du marché de la recherche en ligne, les éditeurs craignent que leurs revenus publicitaires Web plongent si les extraits de leurs articles disparaissent. « Si nous arrêtons d’afficher, nous allons vivre une perte de trafic de 40 à 60 %, a précisé M. Baylet, également patron de La Dépêche du Midi. S’il y a une telle mobilisation des éditeurs, ce n’est pas juste par principe, c’est qu’il en joue de l’avenir de la presse française et européenne. »

« Un combat »

Pour le PDG du groupe de presse Les Échos-Le Parisien Pierre Louette, les éditeurs de presse ont toutes les raisons de saisir l’Autorité de la concurrence. « Google est en position dominante dans la recherche et nous impose des conditions déséquilibrées, alors que nous sommes dans un état de dépendance.  C’est ce que nous allons mettre en avant dans notre plainte. » Sur ce dossier des droits voisins, Google est déjà dans la ligne de mire de l’Autorité, qui avait ouvert une enquête exploratoire de son propre chef début octobre.

Google a riposté peu de temps après la conférence de presse. « Les éditeurs de presse Européens tirent déjà une valeur significative des 8 milliards de visites qu’ils reçoivent chaque mois des internautes qui font des requêtes sur Google »,  a précisé le géant du web dans une déclaration à l’AFP, qui entend aussi porter plainte. Nous ne les retirons pas du moteur de recherche et nous ne changeons pas la manière dont nous évaluons la pertinence d’une page. » L’entreprise est cependant restée muette quant à la détérioration potentielle du référencement d’un média qui n’afficherait plus d’extraits de ses articles.

Au cours de leur conférence de presse, les éditeurs n’ont pas donné plus de détails sur la nature ou le contenu de leur plainte. « Quand on est dans un combat, on ne montre pas nos armes, a répondu M. Baylet à un journaliste qui lui demandait de préciser ses plans. Si l’Autorité de la concurrence s’est autosaisie du dossier, c’est qu’elle voit qu’il y a un problème. On pourrait avoir une décision dans les trois ou quatre prochains mois. » Décision qui risque d’avoir de grandes répercussions en Europe dans les prochaines années. La France pourrait servir de modèle aux prochains pays qui transposeront la disposition sur le droit voisin.

De son côté, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est positionné en faveur des éditeurs de presse et a prévenu Google : « Nous ne laisserons pas faire. » Et dans un communiqué, le ministre de la Culture Franck Riester a également défendu les médias français : « Qu’une entreprise soit à elle seule en mesure d’imposer unilatéralement une relation aussi déséquilibrée montre que la situation actuelle soulève des problèmes concurrentiels majeurs ».