Emmanuel Macron accueilli par une grève générale à La Réunion, les raisons de la colère

Alors que le chef de l’État poursuit son voyage dans l’océan Indien, les syndicats réunionnais ont déclenché une grève générale, jeudi 24 octobre. Explication d’une exaspération par une majorité des habitants de l’île. 

Après Mayotte et un crochet par les îles Éparses, Emmanuel Macron est arrivé, mercredi 23 octobre, à La Réunion et découvre une île en colère. Les syndicats des secteurs privés et publics ont en effet lancé un appel à la grève générale pour la journée du 24 octobre et espèrent mobiliser pour dénoncer « la situation sociale », avec un rassemblement à Saint‐Denis.

Le chef de l’Etat avait admis dès son arrivée sur l’île que le territoire avait connu en 2018 « l’un des plus vigoureux » mouvements des « gilets jaunes » contre la cherté de la vie et les inégalités sociales, fruit d’une « colère qui s’est exprimée […] sur les difficultés du quotidien ». Explication en trois points.

  • Une île en proie au chômage et à la pauvreté 

Dans ce territoire de plus de 850 000 habitants, 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté, tandis que le taux de chômage atteint 24% et même 42% chez les jeunes (contre 8,5 % et 20,8% pour les jeunes, en France). Pour protester contre contre cette situation, des manifestants ont paralysé l’île durant près de trois semaines, début octobre. Des heurts souvent violents entre manifestants et forces de l’ordre ont notamment eu lieu.

Selon l’Insee, si les dépenses globales des Réunionnais liées au logement sont proches de celles d’un métropolitain, les loyers restent en moyenne plus élevés à La Réunion (+5%), notamment dans le secteur privé. Mercredi 23 octobre, sur les antennes d’Europe 1, Michel Bussi, politologue et spécialiste de géographie électorale, est revenu sur la situation sociale de l’île. « La Réunion est un territoire profondément inégalitaire en termes de richesses et de conditions de vie. On va passer de territoires qui sont des paradis sur terre à des territoires extrêmement difficiles. C’est dur de gérer ces grandes oppositions sociales et évidemment, les gens demandent à l’Etat de les aider », a‐t‐il déclaré. 

  • Augmentation du coût de la vie 

En fonction des produits, le coût de l’alimentation est plus élevé sur l’île de la Réunion qu’en métropole et peut aller jusqu’à 25 à 50 % de plus. Toujours selon l’Insee, le coût de la vie pour un budget moyen d’un ménage réunionnais est 7,1% plus élevé qu’en métropole, alors que le revenu médian réunionnais est inférieur de 30% au niveau national. En 2019, le coût de la vie a continué d’augmenter de 0,6%. Selon un sondage d’Ipsos océan Indien, cité par Réunion 1ère, quelque 40% des consommateurs « ont diminué leurs achats pour le plaisir ». « On comptait nos sous avant les “gilets jaunes”, on les compte encore plus maintenant », confie à l’AFP Kevin, qui participait au mouvement il y a un an.

Les prix considérés comme « abusivement » élevés comptaient parmi les principaux combats des manifestants, qui réclament la fin de la taxe « octroi de mer ». Sur ce point, l’Etat affirme « apporter son expertise technique et accompagne les collectivités dans leur réflexions sur l’avenir de ce dispositif fiscal ».

  • Défiance envers les politiques ; Macron fait des annonces

Face à la défiance grandissante des Réunionnais envers les politiques, Emmanuel Macron sait qu’il doit renouer le dialogue avec les habitants de l’île. Après un bain de foule mercredi à son arrivée à Saint‐Denis sous une pluie torrentielle, le chef de l’Etat a effectué une visite surprise au quartier des Camélias de Saint‐Denis.

Face à des habitants qui l’interpellaient, parfois vivement en se plaignant d’« injustice sociale”, du coût de la vie et du logement, de retraites trop faibles ou du « fléau » de la drogue, le chef de l’Etat a dit vouloir « booster les emplois francs », dispositif visant à favoriser l’embauche de chômeurs des quartiers de la politique de la ville. Il faut aussi « mettre la pression sur les bailleurs » pour contrer la hausse des loyers, continuer de diviser par deux le nombre d’élèves par classe dans les quartiers en difficultés et développer l’enseignement du français pour les enfants qui « ne le parlent pas bien » à leur arrivée à l’école, a‐t‐il souligné.

Le président a également rencontré jeudi les participants des « représentations citoyennes » mises en place dans le sillage des « gilets jaunes » qui avait fortement secoué l’île en 2018, avant de se rendre dans une mission locale de Saint‐Paul (nord‐ouest). Par ailleurs, au cours de son déplacement  Emmanuel Macron a lancé un « plan d’actions » en présence d’une cinquantaine de grands investisseurs français et étrangers, lors d’un forum économique intitulé « Choose La Réunion ». Son objectif est de renforcer l’attractivité du territoire et « réinscrire La Réunion pleinement » dans l’espace indo‐pacifique, avec pour priorités le développement d’infrastructures physiques et numériques, la protection de la biodiversité ou encore la construction d’une filière pêche durable.

D’après l’AFP, Emmanuel Macron a également proposé de rencontrer, jeudi, les représentants de l’intersyndicale à l’origine de l’appel à la grève générale. Ceux‐ci ont néanmoins refusé, a indique l’Elysée. Pour l’heure, le mouvement de contestation réunionnais s’intensifie sur l’île et les habitants entendent bien le poursuivre afin d’acquérir plus de pouvoir d’achat.