Dans les EHPAD, « les apprentis ne peuvent pas servir de main d’oeuvre »

Le Syndicat des EHPAD privés Synerpa s’engage à recruter 2000 apprentis d’ici 2022. Pour certains directeurs d’EHPAD, les apprentis ne sont pas assez formés pour travailler efficacement auprès des personnes âgées.

«Travailler auprès des personnes âgées, ça n’est pas très sexy», concède Elisabeth Bouchara. La directrice de l’EHPAD privé Villa Lecourbe, situé dans le 15ème arrondissement, s’oppose à l’embauche massive d’apprentis au sein des EHPAD privés alors que le syndicat Synerpa s’engage à recruter plus de 2 000 apprentis d’ici 2022, pour pallier la pénurie de personnel qui frappe la filière de l’accompagnement aux personnes âgées.

«Le modèle de l’apprentissage, avec les financements de la formation professionnelle, permet de proposer aujourd’hui des accompagnements plus performants qu’auparavant», explique la déléguée générale du syndicat. «Accueillir des apprentis ainsi que des stagiaires est essentiel. C’est la méconnaissance de ce milieu qui engendre la peur», explique Elisabeth Bouchara. Mais selon elle, injecter des apprentis dans les établissements ne constitue pas une solution miracle. «On ne peut pas se servir de ces jeunes en formation comme d’une main d’oeuvre. Accueillir des apprentis nécessite de pouvoir bien les accompagner, de leur donner envie», explique‐t‐elle. «Ils ne seront pas aussi efficaces que des professionnels. Et encore moins s’ils sont mal encadrés».

«Les seniors ont de très belles histoires, et plein de choses à apprendre aux jeunes»

Son établissement privé fait figure d’exception : ici, on ne manque pas de personnel. Là où dans certains EHPAD, un aide‐soignant s’occupe de douze patients, un soignant de la Villa Lecourbe ne prend en charge que six seniors. L’établissement met un point d’honneur à accueillir des stagiaires tout au long de l’années, ainsi qu’une apprentie aide‐soignante. «Les seniors ont de très belles histoires, et plein de choses à apprendre aux jeunes. Il est essentiel de revaloriser ces métiers auprès des générations qui s’apprêtent à rentrer sur le marché du travail», affirme Mme Bouchara.

Une pénurie frappe la filière de l’accompagnement aux personnes âgées depuis plusieurs années. En 2018, une grève inédite était lancée par les professionnels des EHPAD, pour dénoncer les conditions de vie inhumaines de nos aînés dans bon nombre d’établissements. En cause, un manque cruel de personnel. La même année, le ministère de la Santé lançait un plan de revalorisation d’urgence. Plus de 360 000 euros avaient alors été dédiés au recrutement de nouveaux personnels soignants.

Du côté des EHPAD publics, des changements sont aussi à prévoir avec la remise du rapport El Khomri au ministère de la Santé, ce 29 octobre 2019. Très attendu, il aura pour défi de remettre l’humanité au cœur de l’accompagnement des personnes âgées. Sa priorité sera de redonner du sens à ces métiers devenus mécaniques par manque de temps, et de revaloriser les rémunérations du personnel en place.

Enola Richet