Un collectif d’artistes réquisitionne un immeuble de la Sorbonne

Dans le quartier latin, un collectif d’artistes occupe un bâtiment inoccupé appartenant à la chancellerie des universités de Paris. Les occupants demandent que ce lieu soit utilisé comme espace de vie alternatif.

«C’est pas possible, ce bâtiment était vide ?». Au 41 rue Jacob, en plein cœur du quartier Latin à Paris, certains riverains restent bouche bée. Une opération des forces de l’ordre a commencé dimanche soir dans l’objectif de déloger les occupants qui investissent, depuis une semaine, un bâtiment appartenant à la chancellerie des universités de Paris. «Je passe devant tous les jours, ça fait des années que ce bâtiment semblait inoccupé» témoigne Sabine, qui travaille dans un commerce au bout de la rue. Depuis une semaine, le collectif «À l’école de Jacob» a déplié bagage dans les 2500 m² de la propriété du rectorat de l’Académie de Paris, qui s’étend sur trois immeubles mitoyens. Soixante artistes en situation précaire occupent les lieux. «Nous voulons faire ici quelque chose de beau» témoigne Caroline (le prénom a été modifié).

Jointe par téléphone, elle se trouve toujours à l’intérieur de l’immeuble en question et s’exprime au nom du collectif. Selon elle, les occupants souhaitent créer ici un lieu de vie alternatif ouvert au public. «Ça fait vingt ans que ce bâtiment est vide. Nous souhaitons utiliser cet espace pour loger des personnes dans le besoin. Et le jour ou l’État décidera d’attaquer la rénovation du lieu, nous partirons». Elle nous décrit cette ancienne école pour filles : «il y a une grande salle de classe, une salle commune, des dortoirs, de longs couloirs. Tout est niquel !». 

« 25 millions d’euros jetés par les fenêtres »

Des manifestants sont venus en renfort, suite à un appel lancé sur Facebook. Ils apportent avec eux de l’eau et de la nourriture. Seulement, l’immeuble est interdit d’accès par les forces de l’ordre depuis hier soir. L’eau a également été coupée à l’intérieur du bâtiment, pour forcer les occupants à quitter les lieux. «C’est une honte. Le m2 est d’environ 20 000 euros à la vente dans le quartier Latin. Si on fait le calcul sur quinze ans, on peut estimer qu’il y a une perte de 25 millions d’euros jetés par les fenêtres», explique Gaspard Delanoë, pseudonyme de l’artiste français Frédéric Hébert, militant en faveur des squats. Il affirme disposer du soutien de l’adjoint à la maire de Paris Frédéric Hocquard sur ce dossier. «Des discussions sont en cours entre le recteur de la Sorbonne et Frédéric Hocquard. Il va tenter de défendre notre cause. Nous sommes sérieux, nous avons des projets pour cet endroit». 

Contacté, le service de communication du rectorat réagit à cette occupation : «Cet immeuble appartient bien à la chancellerie des universités mais il n’est absolument pas à l’abandon depuis dix ans, comme l’affirment les squatteurs». Selon le rectorat, le bâtiment est inoccupé depuis moins de trois ans : «la chancellerie a procédé à des travaux de désamiantage. Nous voulons créer quarante-sept logement sociaux pour des étudiants chercheurs». En revanche, impossible de connaître la fonctionnalité de ce bâtiment avant le commencement des travaux de désamiantage. Toujours selon le rectorat, l’immeuble serait dans un état vétuste : «les locaux sont dangereux, le plancher risque de s’effondrer. C’est la raison pour laquelle le recteur demande aux personnes sur place de quitter les lieux». 

Ni drogués ni casseurs 

Sur place, une passante tente d’engager la discussion avec les occupants restés à l’intérieur. Seules leurs têtes dépassent des fenêtres au centre de la façade décrépie du bâtiment. «Il faut montrer que nous ne sommes pas ici pour tout défoncer ou pour prendre de la drogue, commente Lou, venue également en renfort suite à l’appel sur les réseaux sociaux. Dans l’imaginaire collectif, le squat c’est des gens défoncés sur des matelas du matin au soir. Ce sont des situations qui existent, mais ce n’est pas le cas des squats artistiques».

Les lieux de vie alternatifs sont régulièrement dans le viseur des autorités. En témoigne la menace d’expulsion qui plane sur le squat du «Landy Sauvage», à Saint-Denis. Dimanche, le collectif qui gère cet espace autogéré depuis 18 mois a appelé à se mobiliser lundi et mardi. Ouvert en mai 2018, le collectif occupe 7000 m² sur le site d’une ancienne société de peinture. Une évacuation pourrait avoir lieu mardi 29 octobre.

Jules Bedo